La magie de nos différences (French Edition)

Chapitre 3

Neïssa

 

Encore une journée bien pourrie. Je pourrais écrire un livre avec tout ce qu'il se passe à la boulangerie. Entre les gens mal-aimables, les miss-potins, les enfants et leur spontanéité, je vous assure qu'il y en aurait des choses à raconter. Toujours est-il qu'il ne me reste que cinq minutes de travail. Pour une fois, ma collègue est à l'heure, fait rare le week-end. J'aurais sûrement dû prendre une doudoune car je redoute une tempête...

Dis-moi, tu pourrais partir plus tard demain ? me demande-t-elle.

Et voilà, nous y sommes. Sa ponctualité n'est due qu'au fait qu'elle ait un service à me demander. Je souffle et lui demande plus d'explications.

J'ai un rendez-vous demain et je voulais savoir si on pouvait

échanger nos horaires.

Tu vas enchaîner ce soir et demain matin ? Demandé-je surprise.

Tu n'as pas peur d'être fatiguée, pouffé-je sans pouvoir m'en empêcher.

Forcément, tu n'as pas de vie privée toi, lance-t-elle vexée. Mais

figure-toi que demain, je rencontre les parents de Léo. Nous devons y aller en début d'après-midi alors si tu pouvais me dire oui, ça serait sympa, dit-elle en croisant les bras, attendant ma réponse.

 

Le fameux Léo dont elle nous rabâche les oreilles depuis des semaines. Sincèrement, je me demande ce qu'il peut lui trouver. Elle n'est pas des plus sympathiques, est toujours en retard, je la soupçonne même de le tromper. Non, je ne suis pas mauvaise langue mais elle se fait déposer régulièrement au travail par des hommes. Et chaque fois, c'est un profil différent. Forcément, ça prête à confusion non ?

D'accord, cède-je à contrecœur. Mais tu m'en dois une, ne l'oublie

pas.

Elle hoche la tête et part déposer ses affaires dans le petit bureau à l'arrière de la boutique. Voyons le bon côté des choses, demain pas de réveil, avec un peu de chance, je pourrais faire la grasse matinée. Les cinq minutes restantes sont écoulées et ma collègue a pris son poste, je récupère mon sac et ma veste et quitte la boulangerie.

Je rentre chez moi et grignote sur le pouce. Je me fais plaisir lors du petit-déjeuner le matin avant de partir au travail, si bien que le midi, je n'ai pas très faim. Ou bien peut-être est-ce dû au fait qu'on soit déjà en milieu d'après-midi... Je décide, comme à mon habitude, de m'installer sur le canapé et allume la télévision. Bien souvent, c'est plutôt le programme qui finit par me regarder mais tant pis. Ça me permet d'être reposée le soir si je veux sortir un peu prendre l'air.

Ce qui devait arriver arriva, je me suis endormie sans même m'en rendre compte. Lorsque j'ouvre les yeux, je me sens reposée mais la nuit tombe déjà. Quoi de mieux qu'une petite balade accompagnée de la fraîcheur de cette fin d’après-midi ? Bon, deux sorties, deux soirs de suite, c'est beaucoup je vous l'accorde. Mais après tout, on n'a qu'une vie et la mienne est assez calme depuis que je me suis installée ici. Même si je reste sur mes gardes…

Je quitte le confort de mon chalet pour m'enfoncer dans les bois et marche calmement entre les arbres. Je ne me sens sereine qu'ici, au cœur de la nature, loin des gens, loin de tout. Bon, la première habitation est à moins de deux kilomètres à vol d'oiseau mais le sous-bois étant assez dense entre eux et moi, ils sont contraints de faire le tour pour venir se promener. Je sais donc bien souvent si quelqu'un s'y trouve puisque les voitures sont garées le long du chemin en contrebas. J'ai eu la bonne idée de construire mon chalet sur les hauteurs, ainsi les personnes qui sillonnent les environs n'ont pas le courage de grimper jusqu'ici et préfèrent partir dans la direction opposée. Se promener oui mais sans trop se fatiguer, ce doit être leur devise.

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