La magie de nos différences (French Edition)
Chapitre 17
Neïssa
Lucas semble heureux et ému des cadeaux que je lui ai fait. Ce n’est pas grand chose mais la symbolique et ce secret qui nous uni me font chaud au cœur malgré la dangerosité de ce lien. Je suis rassurée de voir qu’il n’a pas trahi notre accord. Je lui ai seulement expliqué qu’il ne devait dire à personne que j’étais aussi une renarde parce que sinon, des méchants chasseurs allaient vouloir me capturer et cela semble avoir suffi à le convaincre. Après lui avoir attaché son bracelet, Lucas me tend sa peluche.
Il ne s’en sépare plus depuis qu’il l’a choisie, m’informe Alex.
Elle est très mignonne, dis-je en rougissant.
Mais il faut reconnaître que ce n’est pas un choix d’animal
commun pour un enfant non ? insiste-t-il.
Lucas n’est pas commun je te rappelle, et c’est ce qui fait son
charme.
Je sens mes joues rougir. Je viens de tutoyer Alex à mon tour. Gênée à la fois par cette familiarité, même s’il a pris ce droit le premier, et par ma remarque qui peut être mal interprétée, je détourne le regard et retourne auprès de Lucas.
Nous passons à table et dînons dans la bonne humeur et les rires, tout comme le week-end dernier. Lucas sourit, discute, rit, il est heureux. Son père et moi échangeons plusieurs regards, discrets mais bien réels. Je dois admettre qu’il me plaît beaucoup et je crains que ce soit réciproque. Contrairement à ce que m’a suggéré Lise, je ne peux pas me permettre de trop m’attacher, même si je pense que c’est déjà le cas. Si je me laisse trop aller, je les mettrais en danger, et je refuse cette possibilité. Ma vie est déjà bien compliquée et ma survie ne tient qu’à un fil, je ne veux pas les entraîner là-dedans avec moi…
Tu ne peux pas nous échapper et tu le sais, je te retrouverais, où
que tu sois !
Malgré les hurlements de rage qui me proviennent, je ne ralentis pas, je cours, encore, toujours. Je fuis depuis longtemps alors que la réalité ne m’est apparue que depuis quelques semaines. Je l’ai laissée derrière moi et ce constat me détruit de l’intérieur. Mes poumons me font souffrir, ma vue se brouille, mon cœur se serre, mais je ne dois pas ralentir, je ne peux pas abandonner…
Nissa ? m’interpelle Lucas en me regardant avec inquiétude.
Tout va bien ? me demande Alex à son tour.
Je relève les yeux vers eux et comprends leur réaction lorsque je sens la larme qui glisse le long de ma joue. Je l’essuie aussi discrètement que possible et tente de sourire avant de hocher la tête.
Lucas, peux-tu aller dans ta chambre quelques minutes s’il te plaît
? Neïssa et moi allons discuter un petit peu entre adultes, demande doucement Alex à son fils.
Ce dernier le regarde avec étonnement, je ne pense pas qu’il soit dans les habitudes de son père de l’envoyer dans sa chambre. Après tout, ils ne reçoivent jamais grand monde, Alex m’en avait déjà parlé. La famille de sa compagne leur a tourné le dos quand celle-ci est partie. La sienne a fait de même lorsqu’ils ont appris la différence de Lucas. Quant aux amis et voisins, comme bien souvent dans ce cas-là, ils disent que ça ne les gêne pas, qu’ils comprennent. Bizarrement, les appels, les visites, les invitations, s’espacent de plus en plus jusqu’à devenir inexistantes. Je trouve leurs réactions complètement stupides, Lucas est un petit garçon formidable et il a tellement d’amour à offrir et tellement de joie de vivre à partager.
Neïssa ? m’appelle doucement Alex, la main tendue vers moi.
Je m’en saisis, lentement, et il nous dirige vers le canapé sur lequel nous prenons place.
Si tu ne veux pas en parler, je comprendrais mais partager un
fardeau peut être libérateur. Crois-moi, je sais de quoi je parle, ajoute-t-il.
Je souris en comprenant qu’il parle du fait qu’il ait pu parler de ses peurs, de ses craintes vis à vis de Lucas. En effet, j’imagine que cela a dû lui faire du bien de vider son sac et de s’ouvrir à quelqu’un, qui l’écoute et ne le juge pas. Mais dans mon cas c’est bien différent, je ne peux rien lui dire. Je soupire et il comprend qu’il n’en saura pas plus. Il pose sa main sur la mienne, sur mon genou et je relève les yeux vers lui. La douceur et la tendresse que j’y lis me déstabilisent et mon corps tout entier est parcouru de frissons.
Mon regard est ancré au sien et je ne parviens pas à me détacher de lui, ses yeux m’hypnotisent, m’attirent, me happent. Il penche son visage vers le mien, ses lèvres ne sont plus qu’à quelques centimètres des miennes. Sa bouche s’entrouvre, mon cœur tambourine dans ma poitrine. Je sais ce qu’il va se passer, il va m’embrasser. Même si ma tête me répète et me hurle inlassablement que c’est une très mauvaise idée, mon cœur et mon corps réagissent à l’unisson. Mon âme me crie qu’elle souhaite s’unir à la sienne. Le geste d’Alex reste suspendu quelques secondes, peut-être plus, il me laisse le choix, il ne s’impose pas plus qu’il ne le doit et ça suffit à me faire craquer. J’avance mon visage et parcours les derniers centimètres qui nous séparent.
Lorsque ses lèvres se posent sur les miennes, ma renarde, tapie au fond de moi, jubile. Elle se roule en boule, s’étire, saute, jappe, elle est aux anges. Mon cœur, lui, fait de tels bonds dans ma poitrine que j’ai l’impression qu’il est sur le point d’exploser. Ma peau me brûle et quand Alex pose sa main sur ma nuque pour approfondir notre baiser, un gémissement de plaisir m’échappe. Visiblement, c’est tout ce qu’il lui fallait pour confirmer ma décision. Celui-ci entrouvre les lèvres, m’invitant à faire de même et son souffle vient se mêler au mien, saccadé, irrégulier. Le baiser que nous échangeons me semble être un mélange de passion, de désir et de désespoir. Comme si nous profitions de chaque instant sans savoir si cela se reproduira, comme si c’était un rêve dont nous ne voudrions jamais nous réveiller.
Papa ? résonne une voix dans mon dos.
Mes yeux s’ouvrent instantanément tandis que le visage d’Alex devient rouge de gêne. Son fils vient de nous surprendre et je dois reconnaître que la magie de cet instant me laissait penser que nous étions seuls au monde. Pendant ces quelques secondes, j’ai tout oublié. Mes peurs, mon passé, mes doutes, ma décision de partir, tout a disparu pour ne laisser place qu’à l’instant présent. Je peine à reprendre mes esprits tandis qu’Alex, lui, a réagi rapidement, reprenant contenance et répondant à Lucas comme si ce qu’il venait de voir était naturel. Ça l’est, bien entendu mais voir son père avec une autre femme que sa maman peut être… surprenant pour un enfant. Je me retourne vers eux, redoutant de lire la déception sur le visage de ce petit être à qui je voue une tendresse particulière. Mon regard croise le sien et j’y lis de la joie, son visage rayonne, je ne peux retenir la larme qui m’échappe et vient de nouveau rouler sur ma joue.
Je suis foutue…
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