La magie de nos différences (French Edition)
Chapitre 18
Neïssa
Je suis sur la route pour aller au travail et je profite de ce moment de calme pour faire le point sur les événements de la veille. Quand Lucas nous a surpris, nous avons poursuivi la soirée sans en parler. Alex m’a adressé plusieurs regards lourds de sens, m’a frôlé le plus souvent possible et a posé plusieurs fois sa main sur mon dos, sur mon bras, pour me faire comprendre qu’il souhaitait plus. Je dois reconnaître qu’à cet instant, j’aurais tout donné pour que le moment que nous avons partagé ne finisse jamais, que nous puissions nous enfermer dans cette bulle pour ne jamais en ressortir. Mais Lucas avait besoin de son père et nous a énormément sollicité par la suite. Je n’ai pas réussi à déterminer s’il souhaitait éviter que nous soyons seuls son père et moi, s’il était jaloux ou bien s’il était heureux de cette situation, je penche quand même pour la dernière option mais j’aimerais en être sûre, être certaine qu’il comprenne tout ce que cela impliquerait.
J’avais pris ma décision en allant là-bas et pourtant, aujourd’hui, je ne suis plus sûre de rien. Et si Lise avait raison ? Si je pouvais enfin redémarrer ma vie sans constamment regarder derrière moi ? Peut-être ai-je le droit au bonheur moi aussi ?
Je soupire et me gare. Une fois de plus, la sensation d’être épiée me fait tourner la tête de tous les côtés. Pourtant, comme à chaque fois, personne de suspect en vue. Voilà plusieurs jours que ce sentiment me poursuit et que je n’arrive pas à m’en défaire. Peut-être est-ce dû au stress et aux doutes qui me rongent…
Je pénètre dans la boulangerie, salue mes collègues et vais déposer mes affaires dans le bureau avant de venir prendre mon poste. Comme chaque fois, ma collègue s’empresse de filer avant même que l’heure soit arrivée. Personnellement, ça ne me dérange pas. Même si le flux est quasiment constant, ce n’est pas comme si nous étions dans une grande ville où l’on aurait besoin de plusieurs vendeuses pour satisfaire la foule de clients. Une fois qu’elle est partie, je profite du calme, tente de remettre de l’ordre dans mes idées, essaie de prendre une décision et de m’y tenir cette fois-ci. Seulement, chaque fois que j’envisage l’avenir avec Alex et Lucas, la crainte de les perdre me ronge, s’enroule autour de mon âme et me terrifie, si bien que, plusieurs heures plus tard, je ne sais toujours pas quoi faire…
Mon téléphone vibre dans ma poche et quand je le sors pour regarder de quoi il s’agit, je vois le prénom d’Alex affiché sur l’écran. Instantanément, un sourire se dessine sur mon visage, preuve une fois de plus que sa présence auprès de moi me fait du bien. La boulangerie étant déserte, je décide de répondre.
Bonjour ! lancé-je joyeusement en décrochant.
Neïssa, est-ce que Lucas est avec toi ? demande-t-il
immédiatement, totalement paniqué.
Heu… Je… Non, bégayé-je. Il n’est pas avec toi ?
Si je t’appelle pour te demander s’il est avec toi, non, en toute
logique il n’est pas avec moi, lance-t-il sèchement.
Je reste un moment interdite devant la dureté de son ton avant de réaliser que c’est sûrement l’inquiétude qui le fait parler de cette façon. Lucas s’est sauvé, encore, et je ne suis pas à la maison pour l’y attendre quand il arrivera.
Je suis au travail mais il a sûrement été au chalet, dis-je calmement
pour tenter de l’apaiser.
Il n’y est pas, c’est le premier endroit où je suis allé mais il n’y est
pas, répète-t-il.
Alex, calme-toi, demandé-je doucement en sentant la panique me
gagner à mon tour.
Que je me calme ? Mon fils a disparu ! Comment veux-tu que je
sois calme ! hurle-t-il.
Où es-tu ?
Je suis à la maison. Je ne sais pas quoi faire Neïssa. S’il revient et
que je ne suis pas là, il va paniquer. Mais s’il est perdu et que je ne le retrouve pas…
Un sanglot l’empêche de terminer sa phrase et je sens mes yeux s’embuer à leur tour. Je ne sais pas si c’est la peur de perdre Lucas ou bien la douleur d’Alex qui me fait le plus mal mais je n’ai pas besoin de réfléchir plus longtemps avant de prendre ma décision.
Ne bouge pas, j’arrive, lancé-je avant de raccrocher.
Je crie à mon collègue que je dois partir pour une urgence et lui dis de rappeler la vendeuse. Sans attendre sa réponse, je m’empare de mes affaires et quitte la boulangerie en courant. Je crois que je n’ai jamais roulé aussi vite de toute ma vie. Si la police se trouvait aux abords des routes que j’ai empruntées, ils doivent se frotter les mains devant la contravention que je vais recevoir, mais tant pis. Mon instinct me souffle que je dois réagir… et vite. Une douleur sourde m’envahit et la panique me gagne. J’ai le sentiment que quelque chose de grave va arriver, et pourtant je dois rester aussi calme que possible, ne serait-ce que pour rassurer Alex. Lui faire part de mon intuition ne ferait qu’aggraver les choses et j’espère du fond du cœur que je me trompe.
Une fois garée devant chez eux, je quitte rapidement la voiture sans prendre la peine de la fermer et entre dans la maison. Alex est assis au sol, le visage entre ses bras. Lorsque sa tête se lève vers moi, son visage est baigné de larmes. Je me penche vers lui, me mettant à genoux et passe mes bras autour de ses épaules.
On va le retrouver Alex, je te le promets.
Si je le perds lui aussi, je… commence-t-il.
Ne t’inquiète pas, on va le retrouver, répété-je pour le rassurer.
Qu’est-ce qu’on va faire ?
Toi, tu vas appeler la police, au cas où quelqu’un aurait signalé
l’avoir vu. Peut-être qu’il se promenait et que quelqu’un l’a emmené au poste. Moi, je vais retourner au chalet et faire le tour des bois pour voir s’il s’y trouve. Sait-on jamais, il a réussi à retrouver le chemin la dernière fois mais il a pu se tromper aujourd’hui.
Alex hoche la tête et se relève. Je l’imite et à peine suis-je debout qu’il vient m’enlacer, me serrant contre lui comme si sa vie en dépendait. Je suis, à cet instant, sa bouée de sauvetage. Je dois rester forte, pour lui, pour Lucas. Lorsqu’il se détache de moi, je ne réfléchis pas et pose mes mains en coupe autour de son visage avant de plonger mon regard dans le sien.
On va retrouver Lucas, je te le promets, lui répété-je, une fois de
plus.
Sans lui laisser le temps de répondre, je pose mes lèvres sur les siennes, tentant de lui insuffler toute la force et la détermination possible à travers ce baiser, espérant calmer ainsi ses angoisses, et les miennes.
Je recule, lui adresse un demi-sourire et quitte la maison sans même lui laisser l’occasion d’ajouter quoi que ce soit. Non que j’ai peur de ce qu’il pourrait me dire, mais je refuse qu’il puisse lire la peur qui commence à m’envahir. Ma renarde hurle à l’intérieur de moi, craignant pour la vie de cet enfant qu’elle a appris à aimer elle aussi…
À aimer… Oui, je suis prête à l’admettre maintenant. J’aime Lucas, tout comme j’aime Alex. Et je jure que lorsque j’aurais retrouvé cet enfant, je dirais la vérité à son père. Toute la vérité. En espérant qu’il m’accepte dans leur vie telle que je suis.
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