La magie de nos différences (French Edition)
Chapitre 15
Neïssa
Je quitte le chalet le lendemain matin et me rends au travail. Je suis épuisée par la nuit que je viens de passer. , durant laquelle mes souvenirs et les événements actuels se sont mêlés. Je redoute tant de revivre mon passé. Une larme silencieuse coule le long de ma joue tandis que je conduis en direction de la boulangerie. Je n’aime pas particulièrement mon emploi mais j’apprécie la vie que je me suis construite ici. J’ai Lise, mon chez-moi, mon calme et l’isolement dont j’ai besoin. Je n’avais presque plus peur depuis quelques mois, ne faisait quasiment plus de cauchemars, et tout recommence.
Je vais devoir partir, tout reprendre à zéro. En réalisant que je vais devoir m’éloigner de mon amie, mon cœur se serre. Et encore plus en pensant à Lucas et Alex que je vais devoir, eux aussi, laisser derrière moi. Contrairement à Lise, je ne pourrais pas leur expliquer pourquoi je dois partir, pourquoi je dois me cacher. Je les mettrais en danger pour plusieurs raisons et je le refuse catégoriquement.
Je me gare sur le parking et descends de ma voiture. J’envoie un rapide message à Lise en l’informant que nous devons nous voir en fin de journée et glisse mon téléphone dans la poche arrière de mon jean. Un frisson me parcourt et sans savoir pourquoi, mon instinct me met en garde. Je me redresse, à l'affût de la moindre menace. J’observe les environs mais ne remarque personne de suspect, rien qui ne laisse présager le moindre souci. Je me gifle mentalement, me réprimandant pour ma paranoïa. Décidément, je dois vraiment partir avant de devenir folle. Voilà que maintenant j’ai l’impression d’être observée et suivie, il ne manquait plus que ça.
Je pénètre dans la boulangerie et salue mon collègue qui est déjà en train de sortir une énième fournée. Je dépose rapidement mes affaires dans le bureau et entreprends de présenter les viennoiseries, brioches et autres articles déjà préparés dans la vitrine. La matinée s’écoule lentement pour un samedi et je me surprends même à bailler, fait très rare de ma part. Mon téléphone vibre dans ma poche tandis qu’une cliente pénètre dans la boutique, m’obligeant à le laisser à sa place. Plusieurs personnes entrent à leur tour et je remarque l’heure. Il est presque onze heures, ce sont les parents des petits footballeurs qui viennent chercher les douceurs pour leur progéniture. C’est bien connu, rien de tel qu’un croissant au beurre bien gras après avoir dépensé des calories, pensé-je. Une fois le flot de parents servis, le calme revient et je peux enfin regarder la réponse de Lise. Je m’empare de mon portable et remarque avec surprise qu’il ne s’agit pas d’elle mais d’Alex. Nous avons échangé nos numéros la veille au soir en se disant que s’il prenait encore l’envie à Lucas de se sauver pour me rejoindre, il pourrait ainsi me prévenir plus facilement. Une inquiétude m’envahit en pensant que c’est peut-être le cas. Immédiatement, je clique sur le bouton pour le rappeler et il décroche dès la première sonnerie, augmentant ainsi mon angoisse.
Qu’est-ce qu’il se passe ? demandé-je aussitôt.
Bonjour Neïssa ! lance-t-il joyeusement. Je suis désolé de vous
déranger mais ça y est ! Le dossier de Lucas est bouclé, nous avons passé les derniers bilans et tout est parti aujourd’hui pour qu’il obtienne enfin l’aide dont il a besoin.
C’est génial ! m’exclamé-je rassurée. Je suis contente pour vous,
ajouté-je sincèrement.
Oui, je suis soulagé que tous ces tests soient enfin terminés, dit-il.
Vous allez enfin pouvoir vous poser un peu.
Je me demandais si… commence-t-il hésitant, si vous accepteriez
de dîner avec nous ce soir pour fêter ça.
L’enthousiasme qui m’a envahi à l’annonce de cette bonne nouvelle s’estompe rapidement pour laisser place à un goût amer. Je réalise que ma décision de partir me fait de plus en plus souffrir mais qu’elle est inévitable. Mon cœur tambourine dans ma poitrine.
Neïssa ? m’appelle Alex.
Oui pardon, je réfléchissais pour être certaine de pouvoir. Je
viendrais manger avec vous avec plaisir, dis-je rapidement avant de changer d’avis.
Super ! s'exclame-t-il avec entrain avant de se racler la gorge et
d’ajouter, enfin je veux dire que Lucas sera super content de l’apprendre.
Je me sens rougir et nous convenons de l’heure du rendez-vous avant que je ne doive raccrocher car un nouveau client pénètre dans la boulangerie. Je sais que je n’aurais pas dû accepter ce repas avec eux mais finalement je ne me vois pas partir sans avoir profité d’un dernier moment ensemble.
Je finis donc ma journée de travail en début d’après-midi et contrairement à d’habitude, je décide de faire un détour par le magasin de jouets pour acheter un petit cadeau à Lucas. Après tout, un souvenir n’a jamais fait de mal à personne et c’est un jour de fête non ?
Lorsque je rentre chez moi, j’appelle Lise pour lui expliquer que, finalement, je ne serais pas là ce soir. Elle rit quand je lui dis que je suis invitée chez Alex avant de glousser comme une adolescente. Franchement, je me demande bien ce qu’elle peut s’imaginer. Quand elle me propose de se retrouver le lendemain en forêt toutes les deux, mon cœur se serre et je réalise que je ne pourrais bientôt plus profiter de ces moments que nous partagions elle et moi. Elle sent immédiatement la tension dans ma voix et me demande ce qui me tracasse. Je décide de tout lui dire, lui annoncer ma décision de partir. Ma voix se brise, les larmes coulent mais je parviens à aller au bout de ce que j’ai à lui dire.
Tu sais, tu n’es pas obligée de partir, dit-elle.
Si Lise, je n’ai pas le choix. S’il découvre ce que je suis, tu
imagines ce qu’il pourrait se passer ?
S’il tient à toi, il t’acceptera comme tu es et gardera ton secret.
Mais je les mettrais tous les deux en danger, murmuré-je.
Neïssa, souffle-t-elle, ça fait plus d’un an que tu ne les as pas vu.
Je pense qu’ils sont passés à autre chose.
Je les connais Lise, ils n’abandonnent pas aussi facilement, assuré-
je.
Moi je pense que tu te prends trop la tête et que tu devrais profiter
du moment présent. Tu as le droit de vivre ma belle, ne l'oublie pas.
Nous raccrochons après quelques échanges supplémentaires et immédiatement, les souvenirs m’envahissent.
Je cours, sans me retourner, sans m’arrêter. Ils me suivent, ils me veulent. Je suis différente et ils le savent. Comment ? Pourquoi ? Je n’en ai aucune idée mais mon instinct me dit de m’enfuir.
Je ferme les yeux, inspire en tentant de calmer les battements de mon cœur. C’est peine perdue, je suis happée par les images de mon passé.
Il y en a d’autres. D’autres comme moi. Ils les gardent prisonniers. Ils s’accouplent avec eux. Espérant que leur progéniture soit différente elle aussi. Des dizaines de personnes, comme moi. Je refuse d’en faire partie. Mais ils ont Kiara, je ne peux pas l’abandonner. Elle n’est pas comme moi mais ils le pensent. Que va-t-il lui arriver quand ils le découvriront ?
J’ouvre les yeux et réalise que je pleure à nouveau. Rageusement, je passe la main sur mon visage et me dirige vers la salle de bain. J’ai juste le temps de prendre une douche fraîche pour me ressaisir et je vais devoir y aller. Je commence à me demander si cette idée de passer la soirée avec Alex et Lucas ne me fera pas plus de mal que de bien…
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