La magie de nos différences (French Edition)
Chapitre 10
Neïssa
J’arrive au travail très en avance. De toute façon, je tournais en rond chez moi alors autant me rendre utile. Surtout que le dimanche matin est le moment le plus chargé de la semaine à la boulangerie. Entre ceux qui viennent chercher les viennoiseries pour le petit déjeuner, ceux qui organisent des repas dominicaux en famille et ceux qui décident d’engloutir la quantité de gluten qu’ils n’ont pas eu tout au long de la semaine, je peux vous assurer qu’on n’a pas le temps de s’ennuyer.
Je prends mon poste avec plus de trente minutes d’avance, au grand bonheur de ma collègue qui, me voyant arriver, commence à abandonner le sien. Lorsque je lui fais remarquer que ce n’est pas encore l’heure, celle-ci rigole.
C’est bon, tu es là donc je peux y aller ! lance-t-elle en
disparaissant dans le bureau pour récupérer ses affaires.
Les patrons ne sont pas là le dimanche et elle en profite clairement. Deux minutes plus tard, me voilà seule dans la boutique, le boulanger étant dans une autre pièce en train de terminer la cuisson de ses baguettes. Je réagence les pâtisseries présentées et vérifie les quantités de viennoiseries restantes pour informer mon collègue en cas de manque. Et heureusement, parce que nous n’avons pratiquement plus de croissants. Je m’éclipse quelques secondes pour aller en informer mon collègue et reviens rapidement en entendant la petite cloche au-dessus de la porte d’entrée de la boulangerie sonner, m’indiquant l’arrivée d’un client.
Bonjour ! dis-je joyeusement en arrivant dans la partie boutique.
Nissa ! s’exclame Lucas en me voyant.
Je reste surprise par sa présence ainsi que celle de son père. Ils ne sont jamais venus, enfin pas à ma connaissance. Alors pourquoi aujourd’hui ? J’ai passé la nuit à penser à notre soirée, aux rires que nous avons échangés, à la spontanéité si rafraîchissante de Lucas et les voilà maintenant devant moi. Je me reprends rapidement et adresse un immense sourire à l’enfant avant de saluer poliment son père, essayant de ne pas m’attarder sur lui.
Qu’est-ce que je vous… commencé-je avant d’être stoppée dans
ma question quand je remarque la peluche dans les bras de Lucas.
Oui, je sais, ce n’est pas commun, lance Alex en riant.
En effet, dis-je prudemment.
Je lui ai proposé de lui acheter un nouveau jouet et nous avons dû
faire plusieurs magasins ce matin pour qu’il trouve son bonheur. Apparemment, il savait exactement ce qu’il voulait et les vendeuses étaient bien embêtées les pauvres. Elles lui proposaient d’autres articles mais il ne voulait que ça.
Garde Nissa, dit fièrement le garçon en me montrant sa peluche.
Je ne sais pas d’où lui est venue cette envie. Peut-être en ont-ils
parlé à l’école, s’interroge Alex.
Il est très beau ton doudou, assuré-je en caressant la tête de
l’animal en peluche qu’il me tend.
Je sais d’où lui est venue cette soudaine attirance, et j’espère que jamais personne ne le comprendra. Je décide de détourner l’attention d’Alex du renard que tient son fils dans les bras et leurs demande ce qu’ils souhaitent. Après avoir rempli un sachet de diverses mini viennoiseries et emballé deux pâtisseries individuelles, j’ose enfin leur poser la question qui me brûle les lèvres depuis leur arrivée.
Vous passiez dans le coin ? Il ne me semble pas que vous soyez
déjà venus avant, si ?
Et bien, commencé Alex visiblement gêné, ce jeune homme ici
présent vous réclamait et quand il a une idée en tête, dit-il en haussant les épaules.
Je ris devant son air faussement résigné et abattu puis me tourne vers Lucas.
Est-ce que tu aimes les bonbons ? demandai-je.
Le petit garçon hoche vigoureusement la tête de haut en bas. Je souris à nouveau et me dirige vers les étagères contenant les sucreries avant de m’emparer d’un sachet.
Viens ici alors et montre-moi ceux que tu aimes.
Sans se faire prier, il vient à ma rencontre et prend quelques secondes pour regarder ce que je lui propose. Il me montre plusieurs récipients contenant les bonbons et je pioche dans chacun avant de les placer dans le sachet. Je remarque qu’il privilégie certaines formes et évite certaines couleurs. Est-ce qu’il n’aime pas ceux-là ou est-ce une autre de ses particularités ? Lorsque le pochon est bien rempli, je le tends à Lucas. Il s’en empare et je ne peux me retenir de lui dire de ne pas tout manger d’un coup. Je m’en voudrais qu’il soit malade quand même.
J’annonce le montant à régler à Alex, lui précisant que le sachet de sucreries est offert. Après avoir réglé et m’avoir remerciée, je constate qu’ils ne bougent pas et qu’Alex à le regard braqué sur moi. Une légère gêne m'envahit et je sens mon pouls s'accélérer. Nos regards sont rivés l’un à l’autre, ma respiration se bloque, ma peau me picote et les mots restent bloqués dans ma gorge. La clochette de l’entrée retentit, brisant cet instant hors du temps. Je me reprends et salue poliment la femme âgée qui entre dans la boutique. La magie s’étant brisée, Alex tend la main à son fils en lui disant qu’ils doivent y aller. Lucas me tend son renard en peluche pour que je le caresse, ce que je fais, avant de me faire un sourire et de quitter la boulangerie.
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