La magie de nos différences (French Edition)

Jessy E.M · Chapitre 38 sur 43

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La magie de nos différences (French Edition)

Chapitre 38

Neïssa

 

Je suis réveillée alors que ma joue me chatouille. Je me gratte par réflexe et tente de me rendormir. La sensation reprend, accompagnée d’une légère pression. Je porte ma main à mon visage en grognant et un doux rire d’enfant me parvient. J’ouvre les yeux et découvre Lucas, penché au-dessus de moi, le sourire jusqu’aux oreilles.

Coucou ! lance-t-il joyeusement.

Bonjour mon ange, dis-je en le serrant contre moi.

Je découvre qu’un câlin matinal me met de bonne humeur. J’en oublierai presque la décision que je dois prendre.

Tu as bien dormi ? lui demandé-je.

Non, répond-il tristement.

Ah bon ? Mais pourquoi ?

Peur, lance-t-il simplement.

Il a eu peur… et ma présence n’a pas suffit à le rassurer. Mon cœur se serre. Je ne veux pas qu’il vive ainsi. J’ai grandi en ayant peur, peur de perdre mes proches, peur que Josh me trouve, peur d’être jugée, peur de ma différence. Je ne veux pas que Lucas ressente la même chose.

Tu as eu peur des loups cette nuit ? le questionné-je doucement.

Il hoche la tête et vient se blottir contre moi. L’étau autour de mon cœur se resserre un peu plus. Je réalise alors que j’ai la réponse à ma question. Je sais ce qu’il me reste à faire… Mais avant, j’ai un autre problème à régler.

Si on allait déjeuner, proposé-je avec un sourire.

Il ne prend même pas le temps de me répondre et sort du lit pour courir en direction de la porte. Une fois dans la pièce principale, nous retrouvons Alex et Lise qui boivent un café tranquillement. Lucas se précipite vers son père pour lui faire un câlin tandis que mon amie me demande si j’ai bien dormi et si je me sens mieux. Je lui offre un demi-sourire pour ne pas m’étaler sur le sujet devant l’enfant qui est présent mais elle me connaît et je suis convaincue qu’elle a compris ma décision.

Lucas et moi déjeunons rapidement et lorsqu’Alex lui demande ce qu’il veut faire aujourd’hui, je saute sur l’occasion et réponds avant que son fils n’ait le temps de dire quoi que ce soit.

J’aimerais faire quelque chose moi, lancé-je.

Trois paires d’yeux se tournent vers moi. Lucas tape dans ses mains, visiblement heureux à l’idée d’être avec moi. Cependant, je crains que la suite lui plaise un peu moins, mais je dois essayer, pour lui, pour son bien.

Lucas, tu te souviens de ce que tu m’as dit tout à l’heure ?

demandé-je.

Il semble réfléchir mais ne pas comprendre de quoi je parle.

Que tu avais peur, l’éclairé-je.

Je vois Alex se crisper derrière l’enfant tandis que son fils me fixe, se demandant visiblement où je veux en venir.

Lucas, est-ce que tu me fais confiance ?

Il hoche la tête, mais ne parle toujours pas.

Je voudrais te montrer que tous les loups ne sont pas méchants.

Est-ce que tu serais d’accord pour voir un loup gentil.

Il hésite, de longues secondes.

Oui, murmure-t-il du bout des lèvres.

Je pousse un profond soupir, réalisant que je retenais mon souffle depuis tout ce temps. Je relève les yeux vers Alex. Ses sourcils froncés m’indiquent qu’il n’apprécie pas ce que je viens de faire et je réalise que j’aurais dû lui en parler avant. Il est son père, c’est à lui de prendre les décisions le concernant, pas à moi. Je m’approche de lui et lui chuchote à l’oreille.

Fais moi confiance, s’il te plaît. Il a besoin de ne plus avoir peur.

Ne le laisse pas vivre ce que j’ai vécu, je t’en prie.

Visiblement, mes mots le touchent. Il me regarde et me donne son accord, silencieusement, d’un simple hochement de tête. Je n’arrive pas à savoir s’il valide ce que je souhaite faire ou bien s’il estime qu’il n’a plus le choix, mais je ne prends pas le temps d’y penser. Je ne veux pas que Lucas réfléchisse trop ou qu’il commence à s’inquiéter. Je dois faire vite.

Lucas, si tu as trop peur, tu le dis et on arrête tout. D’accord ?

demandé-je doucement en me mettant à sa hauteur.

Oui, dit-il faiblement.

Je le prends dans mes bras et lorsqu’il s’écarte, je vois tout le courage dont il est capable. Il se tient droit, prêt à tenter de vaincre ce qui lui fait peur. Je suis tellement fier de lui.

Il me fait penser à quelqu’un, lance Lise en riant.

Qui ? demande Lucas.

Neïssa, répond-elle. Elle fait la même tête quand elle décide

d’essayer de cuisiner.

Alex et son fils éclatent de rire pendant que moi, je fusille mon amie des yeux. Ils rient tous de bon cœur et, une fois qu’ils se sont calmés, je ne laisse pas le temps à l’euphorie de redescendre.

Ma peau scintille avant que mon apparence change. Pour la première fois, pour Lucas, je me métamorphose en un animal que j'exècre, avant de réaliser que j’ai, en réalité, les mêmes préjugés que l’enfant qui me fait face. Je prends conscience qu’en essayant de le convaincre que tous les loups ne sont pas mauvais, je le fais pour moi également…

Lucas recule et je vois Alex s’agenouiller pour se placer à ses côtés. Ce geste me rassure car je ne veux vraiment pas lui faire encore plus peur. Alors qu’un loup se dresse face à lui, il ne bouge plus. Il n’avance pas mais ne s’éloigne pas. Il reste là, à me regarder, attendant que je fasse le moindre mouvement. Je décide de ne pas le forcer. Nous avons tout notre temps. Lorsque j’esquisse un mouvement, il sursaute. Cependant, quand il voit que je me couche, le souffle qu’il retenait se relâche et je le vois se détendre.

Je reste ainsi, couchée, sous l’apparence d’une louve, pendant de longues secondes, de longues minutes. Je ne sais pas combien de temps s’écoule ainsi. Alex s’est assis au sol, Lucas a pris place sur ses jambes sans détacher ses yeux de moi. Lise, elle, s’est installée confortablement. Elle est allée chercher un coussin dans le canapé, l’a posé sur le sol et s’est mise sur le ventre, les bras croisés sur celui-ci. On pourrait pensé qu’elle fait une soirée pyjama avec des amis étant donné le sourire qui ne la quitte pas. Pourtant, la tension est palpable.

Au bout d’un moment, je me dis qu’il était peut-être trop tôt et décide de reprendre mon apparence. Rien ne sert d’insister pour obtenir plus, mais le fait que Lucas ne se soit pas enfui et n’ai pas pleuré est déjà une grosse victoire selon moi. Je m’apprête à changer de forme quand je vois Lucas bouger. Il s’avance lentement, regardant mes yeux fixement. On dit que les yeux sont le miroir de l'âme. J’espère à cet instant qu’il voit tout l’amour que je lui porte.

Lorsqu’il tend la main vers moi et que je réalise qu’il va me toucher, je retiens mon souffle à mon tour. Je tremble comme une feuille intérieurement et pourtant, je reste parfaitement immobile pour ne pas l’effrayer. Quand ses doigts entrent en contact avec mon pelage et qu’il prononce doucement mon prénom, je sais qu’il a moins peur parce que c’est moi, mais j’estime avoir déjà gagné. J’ai gagné un premier combat contre Josh.

 

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