La magie de nos différences (French Edition)

Jessy E.M · Chapitre 12 sur 43

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La magie de nos différences (French Edition)

Chapitre 12

Alex

 

Je suis devant l’école et attends d’apercevoir la maîtresse de Lucas pour m’avancer. Lorsque celle-ci sort de l’établissement, je fais quelques pas pour venir à sa rencontre. Le sourire qu’elle affiche me rassure sur le déroulement de ce dernier jour de semaine.

Lucas a très bien travaillé aujourd’hui. Malgré la lenteur

d'exécution, il a été très volontaire cette semaine et je suis très fière de lui, annonce-t-elle en le regardant. Il a donc obtenu une grande image en récompense.

Merci beaucoup, dis-je simplement en m'emparant du petit sac à

dos qu’elle me tend.

Nous nous éloignons en direction du parking, la peluche de Lucas serrée fermement contre lui. Il ne l’a pas lâchée une seconde depuis dimanche. Il dort avec, l’emmène à l’école, la promène dans toute la maison. Elle a même trouvé sa place sur la chaise voisine à la sienne lors des repas et est installée sur le rebord du lavabo quand il prend sa douche ou se brosse les dents. Il a une affection particulière pour certains de ses jouets mais rien de comparable à ce petit renard. J’ai demandé à son institutrice s’ils avaient abordé ce sujet en classe mais celle-ci ne sait pas d’où a pu lui venir cette passion soudaine.

Papa ? m’interpelle-t-il.

Oui chéri ?

Voir Nissa ?

Je soupire malgré moi. Chaque jour, avant et après l’école, il me demande à voir la jeune femme. Il s’est attaché à elle si rapidement que je ne le comprends pas. Neïssa est une femme magnifique et rayonnante et elle fait preuve d’une patience incroyable avec lui. Je me suis même demandé si elle n’avait pas d’enfants ou alors si elle n’avait pas travaillé avec eux pour être si douce avec Lucas. Je peux y aller pour acheter du pain mais, je ne m’y étais jamais rendu auparavant. Cela peut paraître un peu louche.

Non mon chéri, nous n’allons pas aller l’embêter au travail, tenté-

je d’expliquer.

Immédiatement, il se renfrogne et une pointe apparaît dans ma poitrine. L'appréhension de la crise à venir et la peur de le voir exploser à tout moment me font peur. Puis je réalise qu’il s’est contenu toute la semaine, qu’il a travaillé dur à l’école et a été d’un calme remarquable à la maison. Dès qu’il se sentait contrarié ou qu’un trop-plein d’émotions arrivait, il serrait fort son petit renard contre lui et attendait que la tension redescende. Je suis si fier de lui.

J’ai bien envie d’un croissant finalement. Qu’en dis-tu ? demandé-

je en regardant mon fils dans le rétroviseur.

 

L’immense sourire qui illumine aussitôt son visage m’indique qu’il a bien compris ce que je voulais dire. Je prends donc la direction de la boulangerie dans laquelle travaille Neïssa.

Quelques dizaines de minutes plus tard, nous voilà devant le magasin. Nous entrons et la petite clochette retentit pour signaler notre arrivée. Malheureusement, ce n’est pas la jeune femme que nous souhaitions voir qui se trouve derrière la caisse mais une de ses collègues. Immédiatement, je m’en veux de ne pas avoir pensé à cette éventualité. Une fois que le client devant nous part, nous nous avançons et je demande deux croissants. Lucas se cache à moitié derrière moi, n’appréciant visiblement pas la demoiselle qui nous fait face.

Papa, Nissa, murmure-t-il dans mon dos.

Connaissant déjà la réponse à ma question, je décide néanmoins de la poser.

Excusez-moi mais je voudrais savoir si Neïssa travaille

aujourd’hui, demandé-je.

Elle me regarde avec insistance, semblant me jauger avant de me faire un sourire crispé.

Elle travaillait ce matin, lâche-t-elle en me tendant le sachet

contenant les viennoiseries avant de m’annoncer le total dû.

Pouvez-vous me dire si elle travaille demain s’il vous plaît ?

insisté-je.

Je n’ai pas à vous donner ses horaires de travail, lance-t-elle,

hargneuse cette fois-ci. De toute façon, je ne vois pas pourquoi vous voudriez la voir.

Bonne fin de journée, dis-je sèchement avant de tendre la main à

Lucas et de quitter la boulangerie.

Le chemin du retour est silencieux, trop calme. Je jette des coups d'œil réguliers à mon fils dans le rétroviseur et celui-ci a la tête tournée vers la vitre, sa peluche serrée fort contre lui. Je décide d’essayer de lui parler de ce qu’il vient de se passer pour qu’il comprenne que ce n’est la faute de personne.

Tu sais que Neïssa n’est pas tout le temps à la boulangerie mon

chéri, dis-je en vérifiant qu’il m’écoute.

Le bref regard qu’il me lance m’informe que j’ai son attention, du moins en partie, alors je décide de continuer.

Parfois, c’est sa collègue que tu as vu qui s'occupe de vendre les

choses et Neïssa se repose chez elle pendant ce temps. Elles travaillent chacune leur tour. Tu comprends ?

Je le vois réfléchir quelques instants avant de hocher la tête pour me signifier qu’il a compris. Le soulagement m’envahit quand je vois ses traits se détendre. Le reste du trajet est aussi silencieux mais le poids dans ma poitrine s’est un peu atténué. Je souffle, épuisé moralement d’avoir toujours cette crainte que mon fils n’explose, comme si j’avais une bombe à retardement entre les mains à chaque seconde. Je n’ai pas honte de lui et je l’aime de tout mon cœur. Mais le regard des gens et leurs remarques désobligeantes m’agacent sérieusement, je redoute maintenant chaque sortie dans un magasin, un cabinet médical ou tout endroit bruyant, empli de monde ou dans lequel un imprévu peut arriver. Peut-être que si je n’étais pas seul, peut-être que si Justine avait été là pour m’aider… Bizarrement, ce n’est pas son visage qui me vient à l’esprit quand je m’imagine serein aux côtés de mon fils… mais celui de Neïssa. Je secoue la tête en me garant devant la maison avant de descendre de voiture muni du sachet contenant notre en-cas. Je me dirige vers la portière arrière, détache Lucas, l’aide à quitter l’habitacle à son tour avant de me pencher à l’intérieur pour attraper ses affaires. Lorsque je me retourne, il n’est plus derrière moi. Immédiatement, mon regard se tourne vers les bois et j’ai juste le temps de le voir disparaître entre les hautes herbes. Sans réfléchir plus longtemps, je m’élance à sa suite. J’entends la portière de ma voiture claquer mais je ne prends pas le temps de la verrouiller. Même si mes papiers et nos affaires se trouvent à l’intérieur, ma priorité est de retrouver Lucas.

Les hautes herbes et les branches au sol ralentissent mon avancée. Je m’arrête régulièrement, essayant de le voir dans la végétation extrêmement dense. Je regrette un instant que ce coin de forêt ne soit pas entretenu. Je repère mon fils et reprends ma course à travers les arbres jusqu’à essayer de le rattraper. Après de très longues minutes pendant lesquelles sa petite taille et son agilité lui ont permis de garder une distance raisonnable avec moi, je le vois ralentir. Mes appels et mes suppliques ne l’ont pas fait cesser d’avancer jusque-là et pourtant, maintenant, il s’arrête. Je le vois tourner la tête et un sourire illumine son visage. Je m’avance, l’appelant prudemment, et une fois à sa hauteur, je remarque ce qu’il a trouvé. Caché au milieu des arbres, à l’abri des regards, une petite cabane est installée. Perdu en pleine nature, calme, paisible, on dirait un abri de chasse construit à la main. Lucas s’avance et je le retiens par le bras.

Non, on ne va pas là-dedans, tu ne sais pas ce qu’il peut y avoir

dedans.

Nissa, dit simplement mon fils.

Quoi ?

Il me désigne la construction en bois avant de répéter le prénom de la jeune femme. Je reste un instant surpris, n’étant pas certain d’avoir compris. Mais quand je le vois monter les trois petites marches du perron, je n’ai d’autre choix que de le suivre. Lorsque son poing vient toquer contre le bois de la porte, mon souffle se bloque dans ma poitrine et mon pouls s'accélère.

 

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