La magie de nos différences (French Edition)

Jessy E.M · Chapitre 34 sur 43

Pages du PDF

La magie de nos différences (French Edition)

Chapitre 34

Alex

 

Avant même que je ré agisse, Lucas se précipite sur Neïssa. Elle grimace légèrement mais un sourire qui illumine son visage quand elle l’enlace tendrement. Nous restons tous ainsi, de longues secondes, sans qu’aucun de nous ne prononce le moindre mot, les laissant profiter de ces retrouvailles. Je m’aperçois que Neïssa tente d'étouffer un sanglot..Lucas recule légèrement et la regarde avec attention. Les yeux de la jeune femme sont emplis de larmes qui ne demandent qu’à couler.

Moi bobo Nissa ?

Non mon ange, tu ne m’as pas fait mal. C’est simplement que je

suis très contente de te voir.

Moi content, dit-il en se blottissant à nouveau contre elle.

Lise, qui était jusqu’à maintenant restée à mes côtés, s’avance et prend place sur le canapé à côté de son amie. Elle passe un bras autour de ses épaules et pose sa tête contre la sienne.

Contente de te retrouver, murmure-t-elle simplement.

Neïssa lève les yeux vers elle et un demi-sourire se dessine. Puis, son regard se tourne vers moi… la joie qui irradiait sur son visage quelques secondes plus tôt disparaît instantanément.

Lucas, ça te dirait de venir m’aider à préparer quelque chose à

manger pour Neïssa ? propose Kiara.

Non, j’ai déjà… tente de dire l’intéressée.

Je viens vous aider ! lance Lise à son tour.

Lucas regarde tour à tour les jeunes femmes, se demandant visiblement ce que veut dire cet entrain soudain. Mais, adorant cuisiner, il suit les filles dans la cuisine, nous laissant seuls, Neïssa et moi. Celle-ci se redresse, visiblement mal à l’aide en comprenant pourquoi tout le monde a déserté les lieux. Je tente de la retenir.

Neïssa, je… commencé-je.

Je suis désolée, lâche-t-elle sans me laisser terminer. Si j’avais

imaginé une seule seconde que Lucas pouvait être en danger par ma faute, je me serais éloignée de vous bien plus tôt. Je suis désolée, répète-t-elle.

Tu ne pouvais pas savoir, tenté-je de la rassurer.

Mais il aurait pu…

Sa voix se brise et les larmes qu’elle tentait de retenir dévalent maintenant ses joues.

Neïssa, dis-je doucement en prenant place à côté d’elle. Il va bien.

 

Elle tourne la tête, évitant mon regard. La discussion que j’ai eu avec Lise hier, lorsque nous avons décidé d’emmener Lucas faire un tour, m’a aidé à comprendre. Neïssa a eu peur, peur de s’attacher, peur de nous faire souffrir, peur de nous mettre en danger. Elle a voulu s’éloigner et c’est son amie qui l’a convaincue de rester. Malheureusement, sa plus grande crainte s’est réalisée, même si elle n’y est pour rien. Lise non plus, c’est ce que je lui ai répété hier quand elle me disait qu’elle était désolée également.

J’ai été en colère contre Neïssa, je le reconnais. Je lui en ai voulu de m’avoir caché tout ça, de nous avoir mis en danger, de s’être mise en danger. Mais lorsque je l’ai prise contre moi, ce jour-là dans la forêt, et que je l’ai sentie si éteinte, si fragile, j’ai compris qu’elle avait tout fait pour nous. Elle ne nous a pas mis en danger, elle nous a sauvé.

Lucas est terrorisé par le moindre bruit, il a probablement vu des choses dont il ne veut pas parler pour le moment, et je ne peux même pas l’emmener voir un psychologue pour l’aider parce que s’il dit avoir été enlevé par des loups, je ne suis pas certain qu’ils le prennent au sérieux. Alors oui, ça n’a pas aidé mon fils, bien au contraire. En revanche, je suis convaincu que ça m’a aidé moi. J’ai ouvert les yeux sur les sentiments que je portais à cette jeune femme assise à mes côtés, j’ai réalisé à quel point la vie ne tenait qu’à un fil, chose que j’avais oublié depuis la disparition de Justine, mais par dessus tout, je me suis rendu compte que nous devons vivre chaque jour pleinement et que même si Lucas ne rentre pas dans les cases, Neïssa non plus, Kiara également et Lise encore moins étant donné la journée de folie qu’elle nous a fait passer. Et pourtant, chacun d’eux est unique, chacun est important, et ils sont tous bien plus heureux que moi. Sauf Neïssa à cet instant…

Ce n’est pas ta faute.

Si, insiste-t-elle.

Ce n’est pas toi qui l’a emmené là-bas, ce sont eux. Tu n’y es pour

rien. Tu es allée le chercher, tu as sauvé mon petit garçon Neïssa. Tu as sauvé Lucas, répété-je.

Sans moi, il irait bien mieux.

Je ne pense pas, non.

Elle lève des yeux interrogateurs vers moi, les sourcils relevés, m’indiquant qu’elle ne comprend pas où je veux en venir.

Lorsqu’il a passé ses fichus tests, il n’était pas du tout dedans.

Pourtant, après t’avoir rencontré, il participait davantage. Tu sais pourquoi ? Parce qu’il savait qu’ensuite, il te verrait, dis-je sans lui laisser le temps de répondre à ma question avant d'enchaîner. Et depuis qu’il a ce fameux doudou renard, il dort beaucoup mieux, parce qu’il a l’impression que tu es là.

Je fais une pause afin de lui laisser le temps d’assimiler ce que je viens de dire. Lorsque je vois qu’elle est prête à parler, je la coupe immédiatement, de peur qu’elle contre encore mes paroles.

Lorsque nous sommes arrivés ici, il est resté auprès de toi. Parce

que tu comptes pour lui. Je ne peux pas te forcer à faire partie de sa vie, mais je t’assure que ta présence est bénéfique. Il a eu peur de te perdre, autant que toi tu as eu peur. Il tient à toi Neïssa, tout comme moi, lâché-je.

Elle lève les yeux vers moi et semble surprise par mon aveu. Elle reste quelques instants ainsi, sans me dire quoi que ce soit, m’observant. Je décide donc de continuer mon monologue sur un autre terrain que celui de mes sentiments.

Kiara m’a raconté votre enfance. La joie que tu as eu, enfant, en

découvrant ta particularité. Puis, la peur lorsque tu as réalisé que ta différence était soit disant mauvaise. J’ai compris quelque chose en l’écoutant.

Quoi ? demande-t-elle dans un souffle.

Tu es comme Lucas. Tu n’es pas comme les autres. Pourtant, tes

proches t’aiment, ils tiennent à toi, tout comme je tiens à mon fils, tout comme toutes les trois vous tenez à lui. Être différent ne veut pas dire que tu n’es pas quelqu’un de bien Neïssa.

Je sais, tente-t-elle de se défendre. Mais avec Josh, je ne peux

pas… commence-t-elle.

Josh, nous en reparlerons plus tard. Pour le moment, il n’y a

qu’une chose que j’ai besoin de savoir.

Laquelle ? demande-t-elle.

Vas-tu rester auprès de nous quand tout sera fini ?

Fini ? s’interroge-t-elle.

Neïssa, insisté-je, vas-tu rester auprès de Lucas et moi ou vas-tu

nous abandonner ?

Je… hésite-t-elle. Je ne veux pas vous mettre encore en danger.

Je souffle et réalise qu’elle n’est pas prête à me donner une réponse pour le moment. La peur de revivre ce qu’il s’est passé est encore trop présente. Elle a besoin de temps, et de se savoir en sécurité.

Je pose ma main sur la sienne, sur son genou et la presse doucement. Par ce simple geste, j’espère lui communiquer tout ce que je ressens. La tendresse, le soutien, le courage, l’amour…

 

OceanofPDF.com