La magie de nos différences (French Edition)
Chapitre 39
Neïssa
Rick arrive à peine une heure plus tard, Kiara sur les talons, alors que nous sommes installés autour de la table pour une partie de jeu de société endiablée. Ma sœur me regarde de haut en bas avec insistance, comme pour s'assurer que je vais bien tandis que Rick vient me saluer après avoir adressé un hochement de tête aux autres personnes présentes.
Il faut que nous parlions, lui dis-je d’emblée.
Très bien, parlons alors, me répond-il.
En privé.
Je ne laisse à personne le temps de réagir et me dirige vers la chambre que j’occupe, Rick m’emboîtant le pas.
Qu’as-tu de si privé à me dire ? demande-t-il.
Je suis d’accord, nous allons le faire, annoncé-je.
Parfait, je vais leur dire.
Mais, m’exclamé-je pour le retenir, je pose certaines conditions.
Ce n’est pas à toi de décider du plan Neïssa. Je te l’ai expliqué,
nous sommes formés pour ça, c’est notre travail.
Oui, des tueurs à gage métamorphes, merci je sais. D’ailleurs, qui
vous a payé ?
Lise, lance-t-il.
Lise ? répété-je surprise. Bref, j’ai des conditions, c’est à prendre
ou à laisser.
Je t’écoute, marmonne-t-il en croisant les bras sur son torse, ce qui
fait ressortir encore plus sa musculature imposante.
J’inspire un grand coup avant de me lancer, me concentrant le mieux possible pour tenter de ne rien oublier du plan que j’ai échafaudé toute la nuit.
Hors de question qu’Alex ou Lucas participent de près ou de loin à
tout ça.
Ça va de soit, grogne-t-il. Neïssa, nous avons seulement besoin de
Kiara et de toi surtout.
Kiara aussi, je ne veux pas qu’elle vienne, et Lise non plus.
Ta sœur a besoin de venir.
Elle n’a pas besoin de revivre ça.
Mais elle a besoin de le voir mort pour avancer, lance-t-il avec un
grognement.
Devant mon air surpris, il relâche ses bras et souffle comme s’il se trouvait devant une enfant capricieuse.
Neïssa, tu n’as aucune idée de ce que ta sœur a vécu là-bas. Elle
aussi a besoin de savoir qu’elle ne risque plus rien, qu’elle est vraiment libre. Prends le temps de parler avec elle et tu comprendras que, même si elle ne laisse rien paraître devant vous, devant toi, elle est profondément meurtrie par ce qu’elle a enduré.
Ses paroles me font encore plus mal que s’il m’avait mis une gifle monumentale. J’étais tellement préoccupée par Lucas que je n’ai pas pensé une seconde à ce qu’elle a vécu pendant plus d’un an… Des flashs me reviennent. La salissure. Les ecchymoses. Les petites plaies sur son corps. Le regard vide et éteint par moment. Elle a vécu l’enfer, et je n’étais pas là. Ces derniers mois ont été plus durs pour elle que pour moi… J’étais libre, je vivais, elle, elle survivait… Une larme coule le long de ma joue et je l’essuie rageusement. Ces derniers temps, j’en ai trop versé, beaucoup trop. Je veux que ça s’arrête !
Entendu, mais uniquement Kiara, lancé-je.
Je n’avais pas prévu d’emmener qui que ce soit d’autre, dit-il en
souriant.
Une dernière chose, ajouté-je.
Oui ?
Je veux que Josh meurt mais les autres, ceux qui n’ont pas choisi
d’être là, je veux qu’ils soient libres. Nous sommes d’accord là-dessus ?
Neïssa, je suis payé pour tuer. Là, nous sommes d’accord. Mais je
ne suis pas un monstre. Je ne tue pas pour le plaisir. Si quelqu’un d’autre que Josh perd la vie, ce sera parce qu’il aura quelque chose à se reprocher, grogne-t-il.
Je le regarde du coin de l'œil, cherchant le sens exact de ses paroles.
Je lui ai demandé de m’aider à en… éliminer quelques-uns, lance
Kiara en pénétrant dans la pièce.
Je lui lance un regard noir, elle n’a pas été capable de nous laisser discuter tranquillement ! Puis, son air inquiet, ses mains qu’elle tortille dans tous les sens, m’interpellent. Je me précipite vers elle en comprenant enfin pourquoi elle veut venir avec nous, elle souhaite se libérer de ses tortionnaires, tous… Je la prends dans mes bras et notre étreinte dure un long moment pendant lequel nous disons silencieusement tout ce que nous n’avons pas pu échanger depuis que nous nous sommes retrouvées. Rick quitte la pièce doucement pour nous laisser l’intimité dont nous avons besoin. J’invite Kiara à s’asseoir avec moi sur le lit et lui demande de me raconter, de tout me raconter. Après plusieurs secondes d’hésitation, elle commence son récit, entrecoupé de sanglots. Je découvre qu’elle a été battue, abusée, maltraitée. Ces montres l’ont affamée et salie pour être certains qu’elle ne soit plus capable de se défendre. Ils l’ont brisée, afin de l’empêcher de s’enfuir, jusqu’à lui mettre en tête qu’elle n’était rien, personne, que sa vie n’existait plus. Nous faisons de longues pauses, silencieuses, les larmes roulent sur nos joues.
Lorsqu’elle a fini de me raconter les horreurs qu’elle a vécu, nous nous regardons un long moment. Plusieurs secondes pendant lesquelles nous rassemblons notre courage pour affronter la suite…
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