La magie de nos différences (French Edition)

Jessy E.M · Chapitre 14 sur 43

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La magie de nos différences (French Edition)

Chapitre 14

Neïssa

 

Un coup frappé contre ma porte me fait sursauter. J’étais plongée dans un roman et je n’attendais personne puisque la seule qui connaisse l’endroit est Lise… et bien entendu elle n’attend pas que j’aille lui ouvrir. Une boule d’angoisse monte en moi en me disant qu’il s’agit peut-être de promeneurs égarés qui auraient découvert l’endroit par hasard. Mais apprendre l’existence de mon chalet voudrait dire que je devrais probablement déménager… Je soupire et ouvre la porte.

Nissa ! s’écrit Lucas en me voyant.

Le soulagement que ce ne soit pas un étranger est de courte durée quand je réalise qu’Alex l’accompagne. Je suis à la fois rassurée de ne pas le savoir seul une fois de plus en pleine nature et inquiète qu’il ait mené son père jusqu’ici. Que lui a-t-il dit d’autre ?

Bonjour Lucas, dis-je avec un sourire au jeune garçon avant de me

tourner vers son père.

Je suis désolé, il était contrarié et s’est à nouveau sauvé. Il est

venu droit jusqu’ici.

Tu t’es souvenu du chemin ? interrogé-je l’enfant.

 

Il ne me répond pas mais son sourire suffit à me faire comprendre que oui. Il a mémorisé l’emplacement de mon chalet. Je suis impressionnée. Cet enfant a des capacités incroyables qui compensent largement ses lacunes.

Sans crier gare, Lucas se glisse entre mon corps et le montant de la porte et pénètre chez moi. Je me tourne vers lui et, même si leur présence me fait plaisir, je laisse entrer Alex à contrecœur. C’est certain maintenant, je vais devoir partir…

Vous voulez boire quelque chose ? proposé-je poliment.

Oui ! s’écrit Lucas.

Un jus comme la dernière fois ? demandé-je.

Il me sourit de toutes ses petites dents et je ris en me dirigeant vers le réfrigérateur avant de réaliser qu’Alex ne m’a toujours pas répondu. Je tourne la tête vers lui et réalise qu’il est resté figé dans l’entrée tandis que son fils a déjà pris place sur le canapé, mon plaid contre lui, sa peluche posée à ses côtés.

Vous buvez quelque chose ? proposé-je de nouveau.

Oui avec plaisir mais j’espère que ça ne vous dérange pas.

Aucun souci, marmonné-je malgré moi en me tournant pour servir

trois verres de jus de fruits frais.

Vous vivez ici depuis longtemps ? demande Alex après quelques

secondes.

Ça va faire bientôt un an que je suis installée.

Cet endroit existait déjà ?

Non, dis-je simplement.

Vous avez fait construire ce chalet ?

On peut dire ça. Alors Lucas, tu avais envie de me voir ? lancé-je à

l’enfant pour changer de sujet en prenant place à ses côtés sur le canapé.

Nissa manque, me répond-il.

Son aveu me touche tellement que sans réfléchir, je dépose un baiser sur le dessus de sa tête. Aussitôt, il vient se blottir contre moi. Je me détends immédiatement, comme par magie. C’est comme si sa présence à elle seule pouvait éloigner mes craintes, enfin certaines…

Nous sommes passés à la boulangerie étant donné que Lucas

voulait vous voir. Malheureusement, nous sommes tombés sur une charmante jeune femme qui nous a quelque peu envoyés sur les roses lorsque nous lui avons demandé si vous travaillez demain.

Oh je me doute bien. Elle n’a pas dû apprécier qu’un beau

spécimen mâle demande à me voir, plaisanté-je avant de réaliser le sens de ma phrase.

Nous sommes donc rentrés et à peine descendus de la voiture,

Lucas s’est élancé vers les bois. Mais cette fois-ci, je l’ai vu et j’ai donc pu le suivre jusqu’ici, reprend Alex sans tenir compte de ma remarque.

Tu ne dois pas partir comme ça dans les bois tout seul Lucas, je

t’ai expliqué que c’est dangereux, dis-je à l’intention de l’enfant.

Nissa potède moi, répond-il immédiatement.

Oui mais je ne serais peut-être pas toujours là, le contré-je avant

de m’en vouloir en remarquant que ses yeux s'embuent de larmes.

Lucas aime Nissa, dit-il en se blottissant de nouveau contre moi.

Moi aussi je t’aime beaucoup. Mais tu ne dois plus partir sans ton

papa, d’accord. Même pour venir me voir.

Devant son air peu convaincu, j’ajoute pour qu’il comprenne.

Si j’étais partie faire les courses par exemple. Si ton papa ne

t’avait pas suivi, tu te serais retrouvé tout seul.

Nissa vient, assure-t-il en me montrant sa peluche.

Je comprends immédiatement ce qu’il veut dire. Bien sûr que je serais revenu à un moment. Il sait que ma place est dans ces bois. Mais en voyant qu’il emmène la discussion sur son animal, je panique et décide d’orienter le sujet sur autre chose.

Voulez-vous faire un tour tous ensemble ? proposé-je.

Oui ! s’écrit Lucas, visiblement heureux.

Je vois Alex sourire, suite à la réaction de son fils, avant de hocher la tête dans ma direction. Nous quittons donc le chalet et nous nous promenons dans les bois pendant plusieurs dizaines de minutes. Lucas ramasse des feuilles tombées au sol avant de me les tendre pour que je les tienne pendant qu’Alex et moi discutons de tout et de rien. Il ne revient pas sur ses questions concernant le chalet. Nous parlons de nos emplois respectifs, de Lucas et du nouveau bilan médical prévu le lendemain, de sa scolarité. Je découvre que notre système d’éducation n’est pas vraiment adapté, que tant qu’Alex n’aura pas réussi à obtenir un accord de la maison départementale des personnes handicapées, rien de sera reconnu, et Lucas n'aura pas l’aide dont il a besoin. Je trouve cela révoltant mais je suis heureuse qu’il m’en parle. Je dois admettre que je passe un excellent moment.

Lorsque nous revenons chez moi, j’entends le ventre de Lucas gargouiller et celui-ci semble s’en amuser. Je ris avec lui et leur propose de rester manger avec moi. Je ne suis pas une excellente cuisinière mais après avoir vérifié le contenu de mes placards, je devrais pouvoir préparer quelque chose de décent. Après m’être assurée que Lucas aimerait ce que je préparerais, je commence à cuisiner en discutant avec Alex tandis que son fils regarde la télévision calmement. Nous nous découvrons plusieurs points communs et des goûts musicaux similaires, sans parler de notre passion commune pour les livres.

Le repas se déroule dans la bonne humeur et j’en oublie même la tension qui devrait m’habiter à l’idée de devoir partir d’ici. Je dois d'abord trouver un endroit où vivre, à proximité d’une forêt, mais assez reculé pour que j’y sois tranquille et cachée. C’est indispensable pour moi.

En milieu de soirée, Lucas montre des signes de fatigue et je me souviens alors qu’ils sont arrivés jusqu’ici à pied. Je propose alors à Alex de les raccompagner et quand celui-ci me glisse que je n’ai pas de siège adapté pour son fils, je réalise que ce détail ne m’avait pas gêné lorsque je l’ai ramené chez lui la première fois. Finalement, malgré l’absence de siège adapté Alex accepte ma proposition. Il s’est probablement rendu compte que Lucas sera incapable de marcher, sans parler du fait qu’il fasse maintenant nuit noire. Je les dépose chez eux quelques dizaines de minutes plus tard.

Lucas s’est endormi dans la voiture et Alex le porte donc jusqu’à son lit. En nous retrouvant seuls tous les deux, je me sens gênée. Je dois reconnaître qu’il m’attire énormément et qu’il y a bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé, très longtemps. Malgré cela, je m’interdis de céder aux pensées qui envahissent mon esprit et le salue rapidement avant de partir presque en courant pour m’engouffrer dans ma voiture et démarrer.

 

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