La mise en scène du discours - Porter sa parole en public de manière engageante et mémorable
Bien commencer
Pendant ce temps, tout en balayant la salle d’un regard assuré, imagine des racines qui sortent de la plante de tes pieds pour plonger profondément dans le sol jusqu’au centre de la Terre. Plus stable grâce à cet ancrage, tu gagneras en énergie, en confiance, en autorité. Tu seras ainsi plus difficile à
déstabiliser 1. Un bon ancrage nous permet de faire face aux défis, de surmonter les épreuves. Quand tu te sens puissant, que tu contrôles la situation, tu es prêt à parler.
Comment te centrer
Posture droite
Épaules relâchées
Pieds légèrement écartés
Poids également réparti
Respiration calme
Silence habité
Sourire intérieur
Regard embrassant
Racines profondes
Bien commencer
Quatre lettres Bien commencer un discours tient en seulement quatre lettres, quatre missions : ACIS, attention, connexion, intérêt, sujet. Que ton discours soit construit pour distraire, informer, persuader ou inspirer, ton ouverture n’a qu’une seule vocation : convaincre tes auditeurs de t’écouter jusqu’au bout. Tu dois commencer absolument par attirer l’attention. Si tu n’as pas l’attention du public, tu parleras sans être entendu. Tu n’as que trente secondes pour réussir à faire une bonne impression. Tu n’auras pas de deuxième chance. Au bout de ce laps de temps, tes auditeurs décideront s’ils te suivent où s’ils s’échappent. Ils n’ont pas besoin de sortir de la salle pour s’échapper. Il leur suffit de se laisser emporter par la rêverie ou, le plus souvent, aujourd’hui, de s’évader par l’écran de leur smartphone qui leur donne accès au monde entier. Si tu ne captes pas l’attention d’emblée, tu parleras à des cerveaux mis en indisponibilité. Concentre donc tes deux ou trois premières phrases sur cette seule mission : attirez l’attention. Rien d’autre ne doit compter dans un premier temps. Sois plein d’assurance, intensifie ton regard, parle fort et lentement, articule, détache les mots, engage ton corps en appuyant tes gestes.
Ensuite, rapidement, établis la connexion avec ton public. Comme dans n’importe quel réseau, la connexion sert à ce que passe le flux. Tout ce que tu cherches à transmettre comme informations, comme raisonnement, comme émotions, ne passera entre toi et ton auditoire que s’il y a une bonne connexion. De la qualité de cette connexion dépendent pleinement l’intensité de la relation, le souvenir de tes paroles et les chances que ton public passe à l’action. Assure-toi donc de tisser des liens forts dès le départ. C’est ta responsabilité. Du regard et du geste, fais sentir à chacun que tu t’adresses à lui personnellement.
Susciter l’intérêt revient à dire au public : « J’ai quelque chose qui répond à votre besoin, qui peut satisfaire votre désir, qui peut calmer votre douleur. » Personne ne t’écoutera s’il n’y trouve un intérêt pour lui-même ou pour l’un de ses proches. Rassure, le plus tôt possible, ton auditeur sur le fait qu’il ne perdra pas son temps à t’écouter jusqu’à la fin, qu’il a bien fait de venir, qu’il a tout à gagner à rester, et peut-être pas seulement pour lui seul. Plus il pensera que tes paroles lui seront utiles, plus il sera enclin à te suivre. Convaincs ton auditeur par un ton sûr, confiant et déterminé. Enfin, le sujet doit être clarifié avant l’achèvement de l’ouverture. De quoi vas-tu parler ? Quelle histoire t’apprêtes-tu à raconter ? Quel problème soulèves-tu ? Répondre à ces questions que se pose le public le rassure. On est toujours plus à l’aise quand on sait où l’on va. Tant que l’auditeur ne se demande pas où tu veux en venir, il est pleinement disponible pour t’écouter et se laisser convaincre. Observe les réactions de ton auditoire afin de t’assurer qu’il comprend où tu l’emmènes.
Attirer l’attention, établir la connexion, susciter l’intérêt et lancer le sujet sont les quatre figures imposées d’une bonne ouverture. Les vingt-huit techniques propres à remplir ces quatre missions sont abordées dans La Mécanique du discours. Rappelons simplement que ton ouverture doit être écrite et apprise par cœur, aussi bien pour un discours entièrement rédigé que pour une improvisation préparée. Elle doit être écrite, car dans un temps si court, le choix des mots est très précis. Chaque terme doit toucher juste, chaque phrase est mesurée. L’ouverture doit être sue par cœur, car pour être convaincant, il n’est pas question de paraître hésitant. C’est justement la maîtrise de sa parole qui inspirera confiance en un orateur et donnera envie de le suivre.
Les quatre missions de l’ouverture
1. Attirer l’attention
2. Établir la connexion
3. Susciter l’intérêt
4. Lancer le sujet
Les sept erreurs
Rappelons que tu n’as que trente secondes pour convaincre le public de t’écouter jusqu’au bout. Ne gaspille pas ces précieuses secondes en salamalecs. Sois direct. Pour cela, il va te falloir, notamment, oublier les règles de politesse les plus élémentaires que tes parents se sont échinés à t’inculquer (heureusement, ils ne sont pas dans la salle). Ne dis pas bonjour ! C’est une perte de temps. Mais surtout, cela entravera ton efficacité. Dire bonjour, c’est accueillir. Il y a d’autres façons d’être accueillant : par la posture, ouverte, par le sourire, par le geste, par le regard…
Ne te présente pas ! Cela a peut-être été fait par l’organisateur ou par le programme. Et même si ce n’est pas le cas, abstiens-toi. C’est ce que tu dis qui intéresse les gens, pas ton CV. Tu me diras que ça sert pourtant ton éthos. Certes, mais sois plus subtil. Glisse adroitement ta légitimité dans une phrase : « En tant que militaire… » ou : « Hier, je plaidais à la cour d’appel… »
Ne t’excuse pas ! Jamais, ni de ton retard, ni de ton accent, ni de ta cravate. Encore une fois, tu perdrais en impact, mais aussi en autorité. Si tu livres une prestation de qualité, tu seras excusé de tout. Occupe-toi seulement d’être au service de ton public.
Ne remercie pas ! Encore une entorse aux règles de politesse. As-tu déjà vu au théâtre les comédiens remercier, avant de jouer, le producteur, le régisseur, la costumière, le décorateur, l’ingénieur du son, l’électricien, leur marque de café préféré ? Si c’était le cas, en tant que spectateur, tu aurais un peu de mal à rentrer dans la pièce. Si tu as des remerciements à faire, comme au théâtre, réserve-les pour le salut.
Ne démarre pas en trombe ! J’ai déjà vu des orateurs commencer à parler alors qu’ils n’avaient pas encore fini de grimper les marches de l’estrade. Marche jusqu’au milieu de la scène. Respire. Et garde le silence pendant quelques secondes en balayant la salle du regard, jusqu’à être sûr d’avoir obtenu l’attention de tout le monde. Prends le temps d’installer le climat. Ne montre aucune hésitation ! Quelqu’un d’hésitant inspire peu confiance. Or, la relation entre un orateur et son public repose sur la confiance. Voilà pourquoi l’improvisation n’a pas sa place dans l’ouverture, même si elle est parfaitement envisageable dans le reste du discours. Ton exorde doit être rédigé et restitué par cœur. Efficacité, efficacité. Ne raconte pas ta préparation ! « Pour ce discours, j’avais prévu un plan en soixante-dix-huit points, mais finalement… » Quel est l’intérêt de faire visiter les cuisines à des gens qui ont faim ? Sers plutôt le repas ! Les gens se moquent des difficultés que tu as rencontrées dans l’élaboration. Ils veulent avant tout que tu t’occupes d’eux.
Tu as la chance que des gens soient venus t’écouter. Fais-leur honneur en rentrant tout de suite dans le sujet sans les perdre en tergiversations. Si tu considères que ce que tu as à dire est important pour l’auditoire, alors ne tarde pas à lui livrer ton message.
Les sept erreurs de l’ouverture