La mise en scène du discours - Porter sa parole en public de manière engageante et mémorable

Exergue

Ce n’est pas la montagne que nous conquérons, mais

nous-mêmes.

Edmund Hillary

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INTRODUCTION

 

L’entraînement de toute une vie pour seulement

dix secondes.

Jesse Owens

 

Un homme se tenait assis devant la porte de sa cabane, la tête dans ses mains. Une vieille femme ployant sous le poids d’un fagot passa par là. Le voyant ainsi, elle dit au pauvre homme : « Ça n’a pas l’air d’aller très fort. Que t’arrive-t-il ?

— En effet. Je n’ai bientôt plus de ressources », répondit-il, sans donner de détails.

Apitoyée, la vieille femme s’approcha et lui dit avec douceur : « Je n’ai pas grand-chose à t’offrir. Mais prends ceci : c’est peut-être un début. » Et elle déposa dans la main du pauvre homme une graine. Surpris, celui-ci regarda l’intérieur de sa main. La graine, oblongue, était dorée, pas plus grosse que trois grains de blé. Lorsque le pauvre homme releva la tête, la vieille femme avait disparu. Un rameau tombé du fagot était à sa place. « Que pourrais-je bien faire d’une graine, quand il m’en faudrait une pleine jarre ? », se demanda le pauvre homme. Par respect, il s’abstint de jeter la graine et la rangea dans un tiroir. Le temps passa. Et il oublia… Un jour, le pauvre homme se trouva dans le plus extrême embarras. Cherchant une allumette pour son dernier morceau de bougie, il n’en trouva pas. Comme il gardait encore un espoir, il ouvrit le tiroir. Il n’y vit que la petite graine flavescente sur le bois foncé. Plus de feu, plus de lumière. Il prit la graine dans le creux de sa main et sortit la poser sur la terre aride. À genoux, penché sur elle, le pauvre homme se mit à pleurer. Sans qu’il en soit vraiment sûr, la graine semblait gonfler à chaque larme. Puis, à sa grande stupéfaction, elle germa en dansant. Et en un éclair, un arbre immense et flamboyant se dressa devant lui, chargé de fruits. Rapidement, la nouvelle se répandit dans la région. Les gens venaient de toutes parts acheter de ces beaux fruits si nourrissants, si réjouissants. L’arbre en donnait chaque saison de nouveaux, d’une forme, d’une couleur et d’un goût différents. Il était devenu pour tous une source de bonheur et de motivation. Le pauvre homme, qui recevait la gratitude des uns et des autres, vécut en paix et en joie, lui aussi dans la gratitude, jusqu’à la fin de son temps.

Ton discours est écrit, mais c’est un texte endormi 1. Les phrases s’enchaînent, mais qui les libérera ? Tes mots sont couchés. Mais ce ne sont encore que des mots qui sommeillent, des mots qui attendent, pour prendre leur sens, que tu les réveilles, que tu y verses ta sincérité comme sur la graine du pauvre homme. Alors les plus beaux fruits en jailliront, que ton public viendra cueillir. C’est la mise en scène… la mise en sons, en couleurs… en caresses, en odeurs… ouverture de l’appétit. Dans le processus de la prise de parole, l’achèvement du texte sur la feuille marque un point d’orgue. Puis les jours se comptent à rebours, accélérant les heures, puis les minutes, jusqu’à la prestation elle-même. Dans le même temps, l’impatience ou l’inquiétude, c’est selon, se mêlent de rythmer les battements du cœur avec une grandissante insistance. Les théoriciens de l’Antiquité, à l’instar d’Aristote, Cicéron ou Quintilien, qui étaient aussi des orateurs réputés, ont pensé l’expression charnelle de la rhétorique à l’aune des pratiques du Sénat, des prétoires et du théâtre. Aujourd’hui encore, les préceptes des Anciens sont toujours d’actualité. « Instruire, plaire, émouvoir » reste la mission triptyque de l’orateur. Cependant notre époque, depuis l’invention de l’électricité, nous offre des instruments qui modifient notre communication, élargissant la portée de notre message : le microphone, l’ordinateur, Internet. L’art oratoire n’est plus le pré carré de la politique et de la justice, ni même celui des cérémonies. De nouveaux besoins d’expression ont imposé des formats différents, comme le pitch ou l’interview. Mais le plus grand changement, sans doute, depuis la naissance de la rhétorique, concerne la disponibilité de l’être humain. L’attention est devenue plus que jamais pour chacun sa ressource la plus précieuse. Nous travaillons moins, nous vivons plus, pourtant nous avons moins de temps. Nous sommes en guerre. La guerre de l’attention. Les publicitaires l’ont très tôt compris. Dans ce monde de plus en plus bavard, où chacun est bombardé de messages, par la télévision, les vidéos, les réseaux sociaux, l’orateur doit redoubler de stratégie pour capter l’attention et faire entendre sa parole.

Dans cette optique, la mise en scène du discours est devenue plus que jamais cruciale. Pour commencer, tu apprendras à te placer dans les meilleures dispositions, tant d’un point de vue physique que d’un point de vue psychologique. Puis tu sauras réunir les conditions les plus favorables à ton intervention. C’est alors que tu verras comment créer, dans une salle, l’environnement immersif dans lequel plongera irrésistiblement ton auditoire. Enfin, tu découvriras de nombreux atouts qui t’aideront dans cette mission.

Tu seras alors en pleine capacité de porter ta parole en public et de livrer un message de manière engageante et mémorable.

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