La mise en scène du discours - Porter sa parole en public de manière engageante et mémorable

La connexion

1. Dire bonjour

2. Se présenter

3. S’excuser

4. Remercier

5. Démarrer en trombe

6. Montrer de l’hésitation

7. Raconter la préparation

 

La connexion

 

Les trois dimensions

La connexion est ce lien impalpable qui lie l’orateur à son public le temps du discours, un lien fait d’empathie, de bienveillance, de complicité, de respect, de compréhension, de confidence, et même d’intimité, oserais-je dire.

Les émotions, dont nous avons parlé précédemment, sont l’un des meilleurs moyens de créer une connexion. Vivre la même émotion tous ensemble au même moment soude les individus entre eux inévitablement. Tous les supporters dans les stades, les mélomanes dans les salles de concert en témoignent, autant que les convives d’une même table. Il se produit une sorte de communion. Le mot « connexion » vient du latin connecterer qui signifie « lier ensemble ». La connexion fait qu’on peut s’attacher. Du partage d’émotions peut naître l’empathie. L’empathie est la faculté d’accéder à ce que ressent autrui. Si tu peux faire ressentir au public ce que tu ressens, alors tu crées du lien, non seulement entre toi et lui, mais aussi entre chacun des auditeurs et même, c’est peut-être le plus important et sans doute le plus difficile, entre toi et chacun des auditeurs. La connexion est totale lorsqu’elle se déploie sur ces trois plans. La connexion peut s’amorcer avant le discours, dès l’accueil du public, nous en avons parlé, quand tu serres les mains avec le sourire, quand tu échanges quelques mots avec enthousiasme. Elle peut aussi se poursuivre après, au cocktail qui suit ou à la sortie, lorsque c’est ton tour d’écouter.

Il existe différentes façons, que nous allons voir par la suite, d’être en connexion avec son public. Mais finalement, le meilleur moyen est de ne pas paraître faire un discours. Dale Carnegie ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme : « Vous devez parler avec un tel naturel que personne ne pourra

soupçonner que vous avez appris à le faire2. »

Une connexion à trois dimensions

Entre toi et l’ensemble du public

Entre les participants eux-mêmes

Entre toi et chacun des participants

 

Tisse des liens

Il importe de se rapprocher de ses auditeurs d’abord par le style. Il s’agit d’adapter à son public ses vêtements, son vocabulaire, le ton, les illustrations. Tu ne peux pas faire corps avec ton public si tu parles en costume trois-pièces face à des auditeurs en tongs-shorts, glace vanille-fraise à la main. L’idée est de montrer que tu es comme eux ou presque, qu’avec tes auditeurs, tu formes une communauté. Il n’est pas question pour autant de se renier. Si la veste fait partie de ton standard vestimentaire, selon ton auditoire, présente-toi avec ou sans cravate, adopte le jean plutôt que le pantalon ou la jupe, ou encore troque tes chaussures de ville contre des baskets. Face à des jeunes, par exemple, n’embrasse pas sans discernement leur langage. Ce n’est sûrement pas ce qu’ils attendent. Use de temps à autre de leurs formules pour créer la connivence, mais sans tomber dans l’excès. Pousser trop loin le mimétisme s’apparenterait à de la prostitution et rendrait tout ton discours suspect. Choisis des illustrations qui parlent à ton public, qui concernent son quotidien. Adapte-toi, reste authentique sans paraître décalé.

Le sourire aussi facilite la connexion, pas nécessairement un large sourire du visage, mais au moins le sourire accueillant du corps entier. Le sourire est une expression universellement reconnue et identifiable jusqu’à cent mètres (ça fait quand même une très grande salle !). « Il est difficile de ne pas rendre un sourire : les gens y répondent même s’ils voient le sourire sur une photographie », nous dit le psychologue Paul Ekman, spécialiste des

expressions faciales3. C’est sans doute la raison pour laquelle il est si présent dans les publicités. Le sourire, qui porte la joie, se propage avec autant d’intensité que toute autre émotion, mais de manière plus instantanée. Le sourire est réellement contagieux. En tant que tel, il est d’une grande efficacité pour ouvrir la connexion. Parle aux gens de ce qui les intéresse, personnellement ou professionnellement, d’eux ou de quelqu’un qui leur est proche. C’est le meilleur moyen de maintenir leur attention jusqu’à la fin. Donne-leur si possible des exemples, des illustrations, en prise directe avec leur quotidien. Ce rapprochement créera la connexion, l’auditeur se sentant compris. Ce qui intéresse le plus les gens, c’est eux-mêmes, leurs problèmes, leurs besoins, leurs désirs. Montre à ton public que tu t’intéresses à lui. Si tu es en déplacement, rends hommage à la région, son paysage, ses monuments, ses spécialités culinaires ; honore le héros local dont tu as lu la plaque sur la place principale.

En parlant à la première personne du pluriel, tu créeras aussi le lien. Le « nous » réunit. Le public et toi faites partie du même groupe. Tu vis les mêmes choses, tu partages les mêmes intérêts, les mêmes émotions, les mêmes rêves. L’idée est de fédérer. Le groupe soutient, le groupe rassure, le groupe protège. Ainsi tu combles le besoin d’appartenance de chacun. Ne manque pas, en même temps, de respecter les individualités qui rendent chacun si spécial, si précieux. Honore la place particulière que prend chacun dans la communauté.

C’est dans le contact visuel que tu souligneras le mieux la singularité de chaque auditeur. Ne reste pas les yeux dans le vague. Embrasse tout le public du regard, et, de temps à autre, plonge-toi quelques instants dans les yeux d’un participant avec intensité. Parle à chacun plutôt qu’à tous. Déplace-toi sur la scène pour aller chercher les gens aux extrémités. Personne ne doit se sentir exclu. Tisse autant de liens que tu as de spectateurs. Tu peux encore aller plus loin en interagissant avec le public ; cela, nous le verrons plus bas.

Les liens

Le style