La mise en scène du discours - Porter sa parole en public de manière engageante et mémorable
I - Veillée d'armes
I
VEILLÉE D’ARMES
Les cinq piliers de l’entraînement sportif sont :
l’endurance, la vitesse, la force, l’adresse
et le plus important de tous, le mental.
Ken Doherty
Dans les tout derniers jours avant la prestation, il reste encore quelques réglages à effectuer, des réflexions à conclure, des décisions à arrêter. C’est bien normal.
Depuis que ton discours est définitivement fixé, soit dans ses moindres détails, soit simplement dans sa structure, ton logos est solide. Mais comment vas-tu asseoir ton éthos, l’un des éléments les plus déterminants sur lesquels se pencher ? Non pas qu’il faille en changer comme de micro. Il s’agit plutôt de lui donner un éclairage particulier en fonction de différents paramètres. Depuis longtemps, tu cultives les vertus qui composent l’éthos : sympathie, légitimité, pertinence, intégrité, sincérité. Il convient maintenant, avant d’arriver sur les lieux, d’être clair sur la façon dont tu vas les mettre en lumière.
Et qu’en est-il du pathos ? Ton discours est déjà porteur, par ses mots, par sa construction, de certaines émotions. Mais c’est ton interprétation qui donnera au pathos toute son intensité, grâce à la connaissance que tu as de l’âme humaine. À partir d’un même texte, les propositions sont très différentes selon les comédiens. La toute jeune Isabelle Adjani, 17 ans, fraîchement admise à la Comédie-Française, émerveilla le public et la
critique par sa façon unique de dire : « Le petit chat est mort 1. » Le pathos, dans sa dimension oratoire, est véritablement ce qui peut amener un auditeur à changer d’opinion en dehors de tout raisonnement. As-tu déterminé avec quel style tu allais prononcer ton discours ? Tout orateur a un style, plus ou moins travaillé ; un style bien à lui, sa signature, qu’il peut faire varier au gré des mouvements de son discours, du style simple au style sublime, en passant par le style tempéré. Ce sont la danse de ces mouvements et la fluidité de passage de l’un à l’autre qu’il faudra déterminer. Tout cela en donnant l’impression de n’avoir rien calculé, de ne rien forcer. C’est de la magie qu’il va falloir instiller dans des phrases que peut-être tout le monde pourrait dire, mais que toi seul prononceras avec ta justesse.
Les supports visuels font, eux aussi, pleinement partie de la mise en scène. Plusieurs critères prévalent au choix du média. Le message lui-même en est le premier ; de quelle façon peut-il être sublimé, frappant, mémorable ? Le deuxième critère est le public. Quel matériel sera le plus adapté pour illustrer le propos, pour faire comprendre l’argumentation ? Les contraintes physiques aussi entrent en ligne de compte. Selon la taille et la disposition de la salle, des moyens différents seront engagés. Enfin, ton aptitude à faire usage des technologies ou ta préférence à l’égard des méthodes traditionnelles pèseront également dans le choix. Un message n’arrive à destination que s’il est incarné. De même qu’un arbre n’est pas qu’une sève et des fruits, mais aussi un tronc bien enraciné, un discours n’est pas que d’esprit et de verbe, il lui faut un corps inébranlable pour être exprimé. Le discours est vivant. Ce qui fabrique chaque cellule d’un corps, qui lui fournit toute son énergie, c’est l’alimentation. Et l’activité physique, particulièrement les étirements, permet l’économie et la régénération. Le discours veut nourriture et mouvement, mais aussi repos. L’orateur doit prendre soin de son mental et de son corps qui sont les instruments de son message. Ce corps est habillé et ses habits sont de la toute première impression. Charge à l’orateur de trouver le plus juste compromis entre sa signature vestimentaire, la qualité de son public, et les circonstances de l’événement. Ayant tranché toutes ces questions, ayant pris soin de sa santé, de son énergie, de son humeur, l’orateur est prêt pour son rendez-vous avec l’auditoire.