L'art délicat de se séparer avec fracas (French Edition)
Acte 24 - On s'attache !
ACTE 24
On s’attache !
J’écoute Lionel parler et je me demande ce qu’il attend de moi. Du sexe, cela semble évident. Et si je n’étais plus à la hauteur ? Mon manque de pudeur a disparu au fur et à mesure que les kilos s’accrochaient. J’ai eu des rapports sexuels avec un seul homme en treize années. Je n’ai même pas été fichue de dévier de ma routine en me prenant un amant. Quelle gourdasse quand même. Si cela se trouve ce que James et moi qualifiions de séances de sexe totalement débridées feraient figure de préceptes à la méditation avec un autre homme. Il doit avoir eu pas mal de partenaires et donc d’expériences. Et James ? En a-t-il eu beaucoup depuis notre rupture ? Je n’aborde jamais le sujet. Je sais que j’aurais mal de toute façon. J’étais sa deuxième partenaire et visiblement pas suffisante pour empêcher une troisième de s’intercaler entre nous. A-t-il décidé de rattraper le temps perdu ? Pense-t-il à moi chaque fois que son corps en désire une autre ? Pensait-il à moi quand il couchait avec Elle ?
– Tu m’écoutes ?
Mes pensées se bloquent. Zut. Depuis combien de temps je ne l’écoute plus ?
– Désolée, j’étais perdue dans mes pensées…
Je souris, totalement gênée de lui avoir montré un tel désintérêt alors qu’il est le seul homme à s’être préoccupé de ma misérable personne ces derniers mois.
– Et à quoi tu pensais ?
Trouve quelque chose. Trouve quelque chose ! Bon sang, quelque chose de sexy. J’évite l’air mutin (persuadée qu’il me donnerait un air totalement débile).
– À toi.
Lionel me regarde, pas du tout convaincu par ma réponse, le sourcil relevé en forme d’accent circonflexe. Je décide de me racler la gorge et de poursuivre :
– Je me demandais comment quelqu’un comme toi pouvait s’intéresser à quelqu’un comme moi…
– Quelqu’un comme toi ?
– Oui, presque quadra, presque divorcée, trois enfants…
En disant ces mots, je prends soin de regarder mon propre corps et de souligner mes formes si savamment dissimulées. Après tout, autant qu’il le sache, j’ai assez rejoué la scène du moment torride où il retirera ses vêtements et soit A. version soft : il cesse d’avoir une érection. Soit B. Version hard : il se met à hurler un « Oh mon dieu ! » et cache ses yeux avec la paume de ses mains. Je sais, ma solitude me permet d’imaginer des scénarios très cruels à mon égard.
– Quelqu’un comme moi ? poursuit-il, mimant le geste que je viens de faire.
– Célibataire, sans enfants et certainement un tas de groupies à la salle de sport – entre autres – prêtes à être très gentilles sans même prendre la peine de les inviter à prendre un verre.
Il rit et dodeline de la tête.
– Au moins, je sais à présent que toi et moi avons une image totalement faussée l’un de l’autre.
Là, c’est moi qui hausse les sourcils attendant impatiemment qu’il développe.
Il reprend – sur le ton de la confidence :
– Je suis un homme de quarante-quatre ans qui peut avoir du succès certes mais souvent avec des femmes prêtes à tout pour ne pas louper le coche de leur horloge biologique. Ma face de beau gosse leur promet apparemment de beaux gènes alors je les fuis constamment. Le peu de femmes qui sont entrées dans ma vie, j’ai toujours eu la trouille qu’elles me fassent un enfant dans le dos. Je vais jusqu’à reprendre les préservatifs dans la poubelle après chaque rapport sexuel.
Gloups, c’est gore mais honnête. Il poursuit, visiblement très amusé par ses propres révélations.
– Je ne trouve pas les femmes particulièrement intéressantes, souvent banales. Je suis souvent choqué de les voir toutes débarquées à la salle persuadées que tous les hommes cherchent la taille zéro dans leur lit et forcément dans leur vie.
Oh, ce n’est pas le moment de lui dire que je pense pareil.
– Aucune ne se dit qu’un homme adore pouvoir passer ses mains sur un corps voluptueux et pouvoir discuter de longues heures avec cette même femme. J’adore te regarder à la salle de sport et commettre toutes ces gaffes totalement impossibles à imaginer. Elles sont d’ailleurs devenues un sujet de conversation avec mes potes.
Je fais un rapide tour de ce à quoi il a pu assister (je prie pour qu’il ne m’ait jamais vue tentant d’entrer dans mon soutien de sport, avec mes bras qui se coincent au-dessus de ma tête pendant de terribles minutes). Je croise les doigts pour que ce ne soit pas aussi catastrophique que je l’imagine.
– Je ne vois pas du tout ce que tu veux dire…
Je me pince les lèvres. Il reprend, vraisemblablement très amusé de me voir inquiète :
– Tu veux qu’on parle de quoi ?
Il part dans un rire, accentuant ses magnifiques dents blanches et creusant un peu plus ses fossettes :
– De la fois où tu as fait voler un poids dans la figure de Milie ?
– Tu l’as vu !
J’ai envie de rentrer sous terre, rien qu’en me remémorant la gêne de ce moment : le nez ensanglanté de ma seule copine.
Il poursuit :
– De la fois où tu t’es vautrée sur le tapis roulant que tu n’arrivais pas à régler ?
– Ça aussi ?!
Je plaque mes mains sur mon visage totalement mortifiée de l’apprendre. Il rit de plus belle :
– Je te l’ai dit, je t’observe souvent. Il y a la fois aussi où…
– Stop ! C’est bon j’ai eu mon quota de ridicule ! je le coupe les joues en feu.
– Mais je trouve ça adorable à chaque fois. Et tu sais ce qui m’a plu surtout ?
Je fais non de la tête. Qu’un homme me trouve adorable face à tous mes moments de solitude me fait fondre totalement.
– C’est qu’à aucun moment tu ne me demandais de l’aide. Tu es indépendante. Tu ne cherches pas un homme. Tu as déjà eu ta vie, des enfants qui en plus sont en garde alternée. Ce qui signifie que si toi et moi ça marche, tu es à mes yeux la femme idéale.
Au moins, c’est clair : il n’entrera pas dans la vie de mes enfants. Tant pis, ils ont déjà un père. Cet homme ne sera que pour moi. Mon moi intérieur a juste envie d’hurler de bonheur ! Un homme qui m’apprécie comme je suis, reste à ne pas le décevoir.
Je hoche la tête un sourire aux lèvres, je prends mon verre et le lève en sa direction :
– Au prochain préservatif que tu n’auras pas à ramasser…
Il lève le sien, le fait doucement cogner contre le mien, me regarde droit dans les yeux et répète un peu plus haut mes mots un grand sourire sur le visage :
– À NOTRE prochain préservatif.
OceanofPDF.com