L'art délicat de se séparer avec fracas (French Edition)

Épilogue

 

Victoire sent le vent sur sa peau, retenue par le bras de James posé sur ses hanches.

– Mais où on est ?

Les yeux bandés, Victoire avance à tâtons. Elle entend le rire des enfants qui semblent courir au-devant d’eux et le crépitement des feuilles mortes sous ses pieds.

– Attends encore un peu… Avance, fais juste attention aux branches à terre, je n’ai pas envie que tu tombes.

James semble ravi de la surprise qu’il a préparée à sa femme. Voilà six mois qu’il avait repéré l’endroit lors d’un chantier. Dès qu’il l’avait vu, il avait pensé à elle. Il était certain que c’était le lieu qu’il lui fallait, celui qu’elle avait toujours cherché. Il avait eu à l’époque un sourire nostalgique car leur chemin s’était séparé et que ce rêve ne lui était plus permis. Il avait donc fait le choix de ne même pas lui en parler. Son erreur lui avait couté son mariage, ses enfants et leur maison, il était à présent temps de la réparer.

James regarde autour de lui. Les grands arbres sont bercés par le soleil : l’exacte luminosité qu’il souhaitait. Il a tant répété ce scénario dans sa tête.

– Bon ça y est ? s’impatiente Victoire.

– Oui, attends.

James prend soin de retirer le nœud du bandeau avec une douceur infinie, avec l’envie de faire durer ce moment, à la fois impatient et anxieux de voir sa réaction. Et si elle n’était pas prête ?

Victoire sent la lumière pénétrer ses yeux et a envie de les fermer un instant pour ne pas se sentir agressée. Pourtant très vite, elle sent la douceur du soleil qui l’enivre. Elle pose sa main au-dessus de ses yeux pour mieux l’appréhender et voit toutes ses feuilles autour d’elle. Elle ne s’était donc pas trompée : ils sont dans un bois. Les enfants déposent sur une couverture ce qui ressemble à un pique-nique : morceaux de baguettes éparpillés, fruits qui glissent et salissent le tissu et Louisa qui s’empiffre déjà de fraises dégoulinantes de jus.

– C’est super joli comme endroit ! On est où ?

– On est loin trèèèèèèèèèèèèès loin, répond James, avec un certain mystère sur le bord des lèvres.

– Ça merci, je m’en doute. On a passé plus d’une heure en voiture…

James s’écarte d’elle et se met près des enfants. Les trois enfants se lèvent à l’unisson, dans un geste préparé à l’avance.

– Répète ta question ! dit James, l’air amusé.

– On est où ? un sourire exagérément suspicieux sur le visage.

Tous lèvent les bras en l’air et crient en chœur :

– On est chez nous !

Victoire les regarde, pas certaine d’avoir compris. Elle ne sait trop comment poser sa question. Alors l’homme à nouveau amoureux devine en une simple mimique ce à quoi pense celle qui était sa femme depuis tant d’années, James s’approche et lui prend les deux mains :

– Ce terrain est à vendre. Il peut être à nous si tu le souhaites. On peut faire construire la maison que tu souhaites, une que tu dessineras et que moi, je bâtirais pour toi.

Victoire lâche ses mains, James passe mécaniquement la main dans ses cheveux par désarroi face à cette réaction imprévisible. Avait-il été trop vite ? Seulement quatre mois s’étaient écoulés depuis leur réconciliation et même si aux yeux du quadragénaire, il avait le sentiment que leur séparation n’avait jamais eu lieu, peut-être qu’aux yeux de sa femme, le pardon n’avait été qu’une parole en demi-teinte.

Il la regarde examiner l’endroit, aucun sourire n’accentue ses reflets légèrement argentés. Elle semble se poser mille questions et James donnerait tout ce qu’il a pour percer ses pensées en cet instant. Les enfants ont repris le chemin du repas et dévorent gaiement. Le divorce avait eu l’avantage qu’aucun d’eux ne se retournaient vers leurs parents si un malaise s’installait ou si un conflit éclatait. Elle arpente le terrain de façon détendue. Sent-elle l’impatience et l’agacement que génère cette attitude chez son compagnon ? Oui, elle la sait. Elle s’en amuse même un tantinet. Elle s’accroupit, met sa main au sol, balaie les feuilles jaunies au sol et attrape quelque terre dans sa main. Le terrain est humide, il sent bon l’automne. La jeune femme déclare, sur un ton solennel :

– Je pense que le salon devrait se trouver ici, avec une immense baie vitrée de côté et un mur en pierres par là.

James sent son cœur se gonfler. Lorsqu’elle lui tend la main pour entrer dans de plus amples explications, il s’avance vers elle, cette femme qui a choisi de partager sa vie à ses côtés et qu’il aime profondément. Il prend à son tour sa main et y dépose un baiser. Tous deux avancent vers une nouvelle vie.

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Jessica Lament

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