L'art délicat de se séparer avec fracas (French Edition)
Acte 1 - De là où le chaos nait…
ACTE 1
De là où le chaos nait…
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Treize années plus tôt…
Il faudrait quand même que je lui dise de partir. Il est sept heures et il dort à côté de moi, ça me donne envie de hurler. J’aimerais parfois faire partie de ces femmes qui regardent amoureusement leur partenaire d’un soir, se demandant si elles ont affaire à l’homme de leur vie mais ma lucidité sur l’amour me l’interdit. Je préfère me concentrer sur cette monumentale erreur que j’ai à côté de moi : athlétique, blond cendré, pénible.
Je reste là, m’agitant de temps en temps, de façon de plus en plus brusque et c’est à peine si je parviens à le faire remuer de temps à autre. Je m’assieds, trépigne du pied tellement l’impatience me gagne. Si encore la nuit avait été longue mais au vu de ses performances et de sa tenue en haleine, je me demande comment il peut être aussi fatigué !
Quand je sens son bras se poser sur moi pour s’enrouler autour de mes hanches pour me ramener vers lui sous la couette, j’éclate :
– Oh ! Tu te réveilles, j’ai du travail !
– Hein quoi ? Mmmm attends deux minutes, on a bien le temps non ?
– Toi peut-être mais moi j’ai une vie alors maintenant tu te lèves !
Maxime se lève, rit tout en se caressant la nuque.
– J’en reviens pas, on m’avait pourtant prévenu…
– De quoi ?
– Que t’étais comme ça…
– Comme quoi ?
– Comme ça, ce genre de filles qui tire un coup et puis basta.
– Et quoi, tu préfères le genre de fille qui croit qu’elle a rencontré l’homme de sa vie tous les soirs ?
– Non mais bon, tu pourrais y mettre les formes !
– Ah oui, je vois. J’en reviens pas, on m’avait pourtant prévenue… dis-je en hochant la tête pensivement.
– De quoi ?
– Que t’étais comme ça…
Je me redresse, espérant qu’il fasse la même chose. J’ouvre ma garde-robe : qu’est-ce que je vais bien pouvoir porter aujourd’hui ? Je fais un rapide bilan de mes différents rendez-vous aujourd’hui. Des familles : un tailleur.
– Comme quoi ?
Attention, monsieur est intrigué, son égo semble touché.
– Tu sais, ce genre de mec qui chasse des jeunes filles innocentes dans les bars.
– Tu es loin d’être innocente, balance-t-il, hilare, visiblement ravi de son sous-entendu.
– Oui, ce genre de mec, repris-je détestant ce manque d’éducation qui consiste à couper la parole, qui sort la grosse artillerie à coups de charme persuadé que lui seul plait à toutes les filles.
Attention, sa tête change. Je poursuis ma plaidoirie, tout en enfilant mes vêtements :
– Ce genre de mec qui bien que conscient que la fille qu’il a en face de lui se dit qu’il est formidable, qu’elle s’imagine probablement déjà à l’autel à ses côtés, continue à jouer le gars subtil et parvient à la mettre dans son lit. Et bien qu’il n’ait aucune intention de la rappeler, se réveille le matin en espérant se voir offrir un bon petit déjeuner pour se requinquer de ce qu’il pense être une performance. Il ne se doute pas un seul instant que la femme a certainement simulé pour soit ne pas voir ses chances de se marier à nouveau anéanties, soit pour que son calvaire s’achève au plus vite afin qu’elle puisse s’enfiler la délicieuse glace à laquelle elle a pensé les six dernières minutes…
Il ouvre la bouche, cherchant à répliquer mais c’est bien connu, les hommes ne sont pas doués pour ce genre d’exercice. À parier que si j’avais été un mec, il m’aurait foutu un poing dans la figure et serait reparti l’orgueil regonflé pour la journée. Devant ce moment de solitude, je décide de lui filer un coup de main en embarquant son joli costume et en le lui tendant. J’ouvre la porte de ma chambre avec mon plus beau sourire. Je l’entends claquer la porte, peut-être l’ultime façon de montrer qu’il a quand même eu le dernier mot.
Fini, expédié, il est temps d’aller bosser. Je commence les préparatifs routiniers : vingt minutes de cardio, douche, maquillage sobre mais classe. La monotonie de ma vie devrait me donner des envies suicidaires mais je suis plutôt du genre à faire l’éloge de la solitude.
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