Le Roman d’un spahi

Pierre Loti · Chapitre 12 sur 50

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Le Roman d’un spahi

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C’était la femme d’un riche traitant du fleuve. Mais, à Saint-Louis, on la désignait par son prénom, comme une fille de couleur, on l’appelait dédaigneusement Cora.

Elle revenait de Paris, les autres femmes pouvaient le voir à ses toilettes. Jean, lui n’était pas encore capable de définir cela, mais il s’apercevait bien que ses robes traînantes, même lorsqu’elles étaient simples, avaient quelque chose de particulier, une grâce que les autres n’avaient pas.

Il voyait surtout qu’elle était très belle, et, comme elle l’enveloppait toujours de son regard, il éprouvait une espèce de frisson quand il la rencontrait.

– Elle t’aime, Peyral, avait déclaré le beau Muller, avec son air entendu d’homme à bonnes fortunes et de coureur d’aventures.

 

VIII

Elle l’aimait en effet, à sa manière de mulâtresse ; et, un jour, elle le manda dans sa maison pour le lui dire

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Pauvre Jean, les deux mois qui suivirent s’envolèrent pour lui au milieu de rêves enchantés.

Ce luxe inconnu, cette femme élégante, parfumée, tout cela troublait étrangement sa tête ardente et son corps vierge. L’amour dont on ne lui avait montré jusque-là qu’une parodie cynique, maintenant l’enivrait…

Et tout cela lui avait été donné sans réserves, en une fois, comme les grandes fortunes des contes de fées. Cette pensée l’inquiétait pourtant ; cet aveu de cette femme, cette impudeur le révoltaient un peu quand il y songeait.

 

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