Le Roman d’un spahi
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– Son image était déjà un peu affaiblie dans le passé, – encore un peu lointaine dans l’avenir, – et il la perdait de vue par instants.
Et ses vieux parents, qu’il les aimait aussi, ceux-là !… Il avait pour son père un amour filial bien profond, – une vénération qui était presque un culte.
Mais peut-être la place la plus tendre dans son cœur était-elle encore pour sa mère.
Prenez les matelots, les spahis, – tous ces abandonnés, tous ces jeunes hommes qui dépensent leur vie au loin sur la grande mer ou dans les pays d’exil, au milieu des conditions d’existence les plus rudes et les plus anormales ; – prenez les plus mauvaises têtes ; – choisissez les plus insouciants, les plus débraillés, les plus tapageurs ; – cherchez dans leur cœur, dans le recoin le plus sacré et le plus profond : souvent dans ce sanctuaire vous trouverez une vieille mère assise, – une vieille paysanne de n’importe où, – une Basque en capulet de laine, – ou une brave bonne femme de Bretonne en coiffe blanche.
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XIII
Pour la quatrième fois l’hivernage est arrivé. Des journées accablantes, sans un souffle dans l’atmosphère. – Le ciel, terne et
- 97 - plombé, se reflète dans une mer unie comme de l’huile, où s’ébattent de nombreuses familles de requins ; et, tout le long de la côte d’Afrique, la ligne monotone des sables prend, sous la réverbération du soleil, une teinte éclatante de blancheur.
Ce sont les jours des grands combats de poissons.
Tout à coup la surface molle et polie se ride sans cause appréciable sur une étendue de plusieurs centaines de mètres, s’émiette et grésille en petites gouttelettes tourmentées. – C’est un banc immense de fuyards qui détale à fleur d’eau de toute la vitesse de ses millions de nageoires, devant la voracité d’une troupe de requins.
Ce sont aussi les jours aimés des piroguiers noirs, les jours choisis pour les traversées longues et les courses de vitesse.
Dans ces journées où il semble que, pour nos organes européens, cet air lourd ne soit plus respirable, que la vie nous échappe, que le mouvement nous devienne impossible ; – dans ces jours-là, si vous dormez sur quelque bateau du fleuve, à l’ombre d’une tente mouillée, – souvent au milieu de votre pénible sommeil du midi, vous serez éveillé par les cris et les sifflements des rameurs, – par un grand bruit d’eau qui fuit, battue fiévreusement à coups de pagaye.
– C’est une bande de pirogues qui passe, une joute furieuse sous un soleil de plomb.
Et la population noire est là, debout, qui s’est éveillée et attroupée sur la plage. – Les spectateurs excitent les concurrents par un grand vacarme, – et là-bas, comme chez nous, les vainqueurs sont accueillis par des battements de mains, les vaincus par des huées.
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