Le Roman d’un spahi

Pierre Loti · Chapitre 49 sur 50

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Le Roman d’un spahi

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Les noirs continuaient de chanter leurs louanges ; Samba-Boubou, de pousser son étrange note de tête mêlée à la voix des singes hurleurs, – et le chœur, de faire sa sombre réponse ; ils chantaient comme dans une espèce de rêve, ils ramaient avec fureur, comme galvanisés, avec la fièvre d’arriver, avec une force surhumaine…

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La rivière s’encaisse enfin entre deux rangs de collines boisées. Des lumières s’agitent là-haut sur un grand rocher qui se dessine devant eux, les lumières semblent courir et descendre sur les berges.

Samba-Boubou allume une torche et pousse un cri de ralliement. Ce sont les gens de Gadiangué qui viennent à leur rencontre ; – ils sont arrivés.

Gadiangué est perché là au sommet de ce rocher vertical. Ils y montent par des sentiers ardus et des noirs les éclairent avec des torches, et s’endorment là-haut sur des nattes, dans une grande case qu’on leur a préparée, en attendant le jour, qui ne tardera pas à paraître.

 

XXVI

Éveillé le premier, après une heure à peine de sommeil, Jean, en ouvrant les yeux, vit les blancheurs du jour qui commençaient à filtrer dans une case de planches, éclairant des jeunes hommes à moitié nus qui reposaient à terre, la tête sur leurs vestes rouges des Bretons, des Alsaciens, des Picards, – presque tous des têtes blondes du Nord, – et Jean avait en ce moment, au réveil, une sorte de conception illuminée, de vue d’ensemble triste et mystérieuse, de toutes ces destinées d’exilés, follement dépensées, et guettées par la mort.

 

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