Le Roman d’un spahi

Pierre Loti · Chapitre 22 sur 50

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Le Roman d’un spahi

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Un soir, mais non, il ne rêvait pas, ce soir-là, il le voyait bien là, devant lui avec le même uniforme qu’il portait chez Cora, ses deux galons d’officier brillant sur sa manche bleue. Il le regarda de ses grands yeux, en soulevant un peu la tête, et étendit son bras affaibli, comme pour toucher s’il y avait bien là quelqu’un.

Alors le jeune homme, voyant qu’il était reconnu, avant de disparaître comme de coutume, prit la main de Jean et la serra en disant :

– Pardon !

Des larmes, les premières, vinrent aux yeux du spahi, et cela lui fit du bien.

 

XX

La convalescence ne fut pas longue. Une fois la fièvre passée, la jeunesse et la force eurent bientôt fait de reprendre le dessus. Mais c’est égal, il ne pouvait pas oublier, le pauvre Jean, et il souffrait bien. Il avait par instants dans sa tête des désespoirs fous, des idées de vengeance presque sauvages ; et puis cela tombait vite, et il se disait ensuite qu’il serait capable de passer par toutes les humiliations qu’elle voudrait, pour la revoir et la posséder comme autrefois.

Son nouvel ami, l’officier de marine, revenait de temps en temps s’asseoir auprès de son lit. Il lui parlait un peu comme on parle à un enfant malade, bien qu’il fût à peine de son âge.

 

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