Le Roman d’un spahi

Pierre Loti · Chapitre 19 sur 50

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Le Roman d’un spahi

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Et il la caressait, la flattait tout doucement de la main, – absolument comme s’il prenait pour gratter la nuque du gros matou câlin qui, à la caserne, venait la nuit se pelotonner sur son lit de soldat…

Elle, frissonnant sous la caresse innocent de Jean, la tête baissée, les yeux à demi fermés, la gorge pâmée, ramassa son pagne de luxe, le plia avec soin, et s’en alla toute tremblante de plaisir.

 

XVI

Pauvre Jean ! Souffrir était pour lui une chose nouvelle ; il se révoltait contre cette puissance inconnue qui venait éteindre son cœur dans d’écrasants anneaux de fer.

Rage concentrée, rage contre ce jeune homme qu’il eût voulu briser dans ses mains, rage contre cette femme qu’il eût aimé meurtrir à coups d’éperons et de cravache ; il éprouvait tout cela en même temps que je ne sais quel besoin très matériel de mouvement et de course folle à se briser la tête.

Et puis tous ces spahis aussi le gênaient et l’irritaient ; il sentait sur lui ces regards curieux, interrogateurs déjà, et qui demain deviendraient ironiques peut-être.

Vers le soir, il demanda et obtint de partir avec Nyaor-fall, pour aller essayer des chevaux, dans le nord de la pointe de Barbarie.

Ce fut, par un temps sombre, une galopade vertigineuse dans le sable du désert. Un ciel d’hiver, il y a là-bas aussi des ciels d’hiver, plus rares que les nôtres, étonnants et sinistres sur ce pays désolé : des nuages tout d’une pièce, si noirs et si bas, que là-dessous la plaine était blanche, le désert semblait une steppe de neige sans fin.

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