Le Roman d’un spahi

Pierre Loti · Chapitre 8 sur 50

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Le Roman d’un spahi

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Et puis, après quelques jours d’une vie troublée, un navire l’avait emporté loin, bien loin sur la mer calme et bleue, – pour le déposer, étourdi et dépaysé, sur la côte du Sénégal.

 

III

Un jour de novembre, – à l’époque où les grands baobabs laissent tomber sur le sable leurs dernières feuilles, – Jean Peyral était venu là jeter son premier regard de curiosité sur ce coin de la terre où le hasard de sa destinée le condamnait à passer cinq ans de sa vie.

L’étrangeté de ce pays avait frappé d’abord son imagination toute neuve. Et puis il avait senti très vivement le bonheur d’avoir un cheval ; – de friser sa moustache, qui allongeait très vite ; – de porter un bonnet d’Arabe, une veste rouge et un grand sabre.

Il s’était trouvé beau, et cela lui avait plu.

 

IV

Novembre, – c’était la belle saison, correspondant à notre hiver de France ; la chaleur était moins forte, et le vent sec du désert avait succédé aux grands orages de l’été.

Quand la belle saison commence au Sénégal, on peut, en toute sécurité, camper en plein air, sans toit à sa tente. Pendant six mois, pas une goutte d’eau ne tombera sur ce pays ; chaque jour, sans trêve, sans merci, il sera brûlé par un soleil dévorant.

C’est la saison aimée des lézards ; – mais l’eau manque dans les citernes, les marais se dessèchent, l’herbe meurt, – et les cactus même, les nopals épineux n’ouvrent plus leurs tristes fleurs jaunes. Pourtant les soirées sont froides ; au coucher du soleil, se lève régulièrement une grande brise de mer qui fait

- 19 - gronder les éternels brisants des plages d’Afrique et secoue sans pitié les dernières feuilles d’automne.