Le Roman d’un spahi

Pierre Loti · Chapitre 14 sur 50

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Le Roman d’un spahi

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L’habitation de Cora était une immense maison de briques, ayant cet aspect un peu égyptien des vieux quartiers de Saint-Louis, et blanche comme un caravansérail arabe.

En bas, de grandes cours, où venaient s’accroupir dans le sable les chameaux et les Maures du désert, où grouillait un bizarre mélange de bétail, de chiens, d’autruches et d’esclaves noirs.

En haut, d’interminables vérandas, soutenues par de massives colonnes carrées, comme les terrasses de Babylone.

On montait aux appartements par des escaliers extérieurs en pierre blanche, d’un aspect monumental.

Tout cela, délabré, triste comme tout ce qui est à Saint-Louis, ville qui a déjà son passé, colonie d’autrefois qui se meurt.

Le salon avait un certain air de grandeur, avec ses dimensions seigneuriales et son ameublement du siècle dernier.

Les lézards bleus le hantaient ; les chats, les perruches, les gazelles privées s’y poursuivaient sur les fines nattes de Guinée ; les servantes négresses, qui le traversaient d’un pas dolent en traînant leurs sandales, y laissaient d’âcres senteurs de soumaré et d’amulettes musquées. Tout cela respirait je ne sais quelle mélancolie d’exil et de solitude ; tout cela était triste, le soir surtout, quand les bruits de la vie se taisaient pour faire place à la plainte éternelle des brisants d’Afrique.

Dans la chambre de Cora, tout était plus riant et plus moderne. Les meubles et les tentures, récemment arrivés de Paris, y étalaient une élégance fraîche et confortable ; on y sentait des odeurs d’essences très fashionables, achetées chez les parfumeurs du boulevard.

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