Le Roman d’un spahi

Pierre Loti · Chapitre 32 sur 50

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Le Roman d’un spahi

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Fatou-gaye peut-être ?… Allons donc !… Quelle profanation de lui-même !… Et puis ressembler à ses camarades, les clients de la vieille Virginie !… Violer comme eux des petites filles noires ! – Il avait une sorte de dignité, de pudeur instinctive, lui, qui l’avait préservé jusque-là de ces entraînements de sensualité pervertie ; – jamais il ne pourrait descendre aussi bas.

 

XXXII

Il se promenait chaque soir, il marchait beaucoup…

– Les ondées d’orage continuaient à tomber… – Les grands marais fétides, les eaux stagnantes, saturées de miasmes de fièvre, gagnaient du terrain chaque jour ; une haute végétation herbacée couvrait maintenant ce pays de sable… – Le soir, le soleil était comme pâli par un excès débilitant de chaleur et d’émanations délétères… Aux heures où se couchait ce soleil jaune, quand Jean se trouvait seul au milieu de ces marécages désolés où tout était neuf et étrange pour son imagination, une tristesse inexplicable s’emparait de lui… Il promenait ses regards tout autour du grand horizon plat sur lequel pesaient des vapeurs immobiles ; il ne comprenait pas bien ce qu’il y avait, dans cette physionomie des choses, de morne et d’anormal qui pût lui serrer ainsi le cœur.

Au-dessus des graminées humides couraient des nuées de libellules aux grandes ailes tachées de noir, – en même temps que des oiseaux dont le chant lui était inconnu s’appelaient plaintivement sous les hautes herbes… Et l’éternelle tristesse de la terre de Cham planait sur tout cela.

 

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