Le Roman d’un spahi

Pierre Loti · Chapitre 31 sur 50

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Le Roman d’un spahi

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Et la nature s’était tant hâtée d’enfanter tout cela, qu’en huit jours elle avait tout donné.

 

XXX

Chaque soir, toujours, Jean rencontrait sur son chemin la petite Fatou, avec sa tête ébouriffée de mouton noir. Les cheveux poussaient vite, – comme les herbes, – et bientôt les coiffeuses habiles allaient pouvoir en tirer parti.

 

XXXI

On se mariait beaucoup, à ce printemps. – Souvent, le soir, pendant ces nuits énervantes de juin, Jean rencontrait de ces cortèges de noces, qui s’en allaient défilant sur le sable en longues processions fantastiques ; – tout ce monde, chantait, et le concert de toutes ces voix de fausset simiesques était accompagné à contretemps par des battements de mains et des coups de tam-tam. – Ces chants, cette gaîté nègre avaient quelque chose de lourdement voluptueux et de bestialement sensuel.

Jean visitait souvent à Guet-n’dar son ami Nyaor, – et ces scènes d’intérieur yolof, de vie en commun, le troublaient aussi… Comme il se sentait seul, lui, isolé de ses semblables sur cette terre maudite !… Il songeait à celle qu’il aimait d’un chaste amour d’enfance, à Jeanne Méry… Hélas ! – six mois seulement qu’il était en Afrique !… Attendre encore plus de quatre années avant de la revoir !… Il commençait à se dire que le courage lui manquerait peut-être pour continuer de vivre seul, que bientôt à

 

- 57 - toutes forces il lui faudrait quelqu’un pour l’aider à passer son temps d’exil… Mais qui ?…