Le Roman d’un spahi

Pierre Loti · Chapitre 13 sur 50

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Le Roman d’un spahi

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Mais il y songeait rarement, et, auprès d’elle, il était tout grisé d’amour.

Lui aussi, il s’essayait à des recherches de toilette ; lui aussi se parfumait, soignait sa moustache et ses cheveux bruns. Il lui semblait, comme à tous les amants jeunes, que la vie venait de s’ouvrir pour lui du jour où il avait rencontré sa maîtresse, et que toute son existence passée n’était rien.

 

IX

Cora aussi l’aimait ; mais le cœur avait peu de part dans cet amour-là.

Mulâtresse de Bourbon, elle avait été élevée dans l’oisiveté sensuelle et le luxe des créoles riches, mais tenue à l’écart par les femmes blanches, avec un impitoyable dédain, repoussée partout comme fille de couleur. Le même préjugé de race l’avait suivie à Saint-Louis, bien qu’elle fût la femme d’un des plus considérables traitants du fleuve ; on la laissait de côté, comme une créature de rebut.

A Paris, elle avait eu nombre d’amants très raffinés : sa fortune lui avait permis de faire en France une figure convenable, de goûter au vice élégant et comme il faut.

A présent, elle avait assez des fines mains gantées, des airs étiolés des dandys, des mines romanesques et fatiguées. Elle avait pris Jean parce qu’il était large et fort ; elle aimait à sa façon cette belle plante inculte ; elle aimait ses manières rudes et naïves, et jusqu’à la grosse toile de sa chemise de soldat.

 

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