Le Roman d’un spahi
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XIV
Jean ne paraissait au quartier des spahis que le temps qu’exigeait strictement l’exécution de son service ; encore ses camarades le remplaçaient-ils souvent. – Ses chefs fermaient les yeux sur ces arrangements qui lui permettaient de passer dans son logis particulier presque toutes ses journées.
Maintenant tout le monde l’aimait ; le charme d’intelligence et d’honnêteté qui se dégageait de lui ; le charme de son extérieur, de sa voix, de ses allures, avait exercé peu à peu sur tous son influence inconsciente, Jean avait fini, malgré tout, par conquérir la confiance et l’estime, par se créer une sorte de situation à part, qui lui donnait presque l’indépendance et la liberté ; il avait trouvé le moyen d’être un soldat ponctuel et correct, tout en étant presque un homme libre.
XV
Un soir, il rentrait pour un appel de retraite. Le vieux quartier n’avait plus son aspect d’accablement habituel. – Dans la cour, des groupes causaient bruyamment ; il y avait des spahis qui montaient ou descendaient les escaliers quatre à quatre, – comme sous l’influence d’une joie folle. On devinait du nouveau dans l’air.
– Grande nouvelle pour toi, Peyral ! lui cria Muller l’Alsacien, – tu pars demain, – tu pars pour Alger, heureux garçon que tu es !
Douze spahis nouveaux étaient arrivés de France par le bateau de Dakar ; douze des plus anciens allaient partir – (et Jean était du nombre) – pour aller par faveur finir en Algérie leur temps de service.
On partait le lendemain soir pour Dakar.
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