Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
¶ Cy devise comment la saige princesse tiendra en belle ordonnance ses femmes de sa court. Chapitre xvii.
Le vi. enseignement de prudence est que la saige princesse tout ainsi que le bon pasteur se prent garde que ses brebis soyent maintenues en santé & se aucune en devient rongneuse il la separe du troupel de peur qu'elle peust empirer les autres elle se prendra garde sur le gouvernement de ses femmes lesquelles aura terres a son povoir toutes bonnes & honnestes car aultres ne vouldra avoir en tour elle. Et pource que c'est chose assez acoustumee que chevaliers et escuyers et tous hommes qui frequentent en tour femmes par especial les aucuns ont maniere de les prier d'amours & de les attraire se ilz pevent / la saige princesse par ses ordonnances tiendra telle maniere qu'il n'aura nul repairant a sa court si hardy qui a nulle de ses femmes ose conseiller apart ne faire semblant d'atrait & se il le fait ou que il soit apperceu en aucun signe que tantost telle chere luy soit monstree qu'il ne s'i osera plus embatre. Et ainsi selon seigneur maisgnee duicte la dame qui toute honneste sera vouldra que toutes ses femmes le soyent sur peine d'estre mises hors de sa compaignie si vouldra qu'elles s'ebatent a jeulx honnestes & non tieulx que hommes s'en puissent mocquer ne tenir leurs parolles ainsi que voulentiers font de femmes quoy qu'ilz s'en rient & jouent avecques elles se contiennent entre chevaliers & escuyers & tous hommes par beau maintien dient leurs parolles coyment & simplement s'esbatent & solacent soit en dances ou autres esbatemens gracieusement & sans liberté ne soyent baudes saillans n'effrayees en parolles contenance maintien ris & ne voysent la teste levee comme cerfz ramages lesquelles contenances seroyent trop mal seans & grant mocquerie a femmes de court ou plus doibt avoir honnesteté bonnes meurs & courtois maintiens que en nulles autres. Car la ou est le plus d'onneur doivent estre les plus parfaictes meurs & maintiens & de ce deceveroient trop les femmes de court se aucun païs en avoit de telle opinion qui cuydassent que plus leur apartenist a estre baudes & saillans que autres femmes / mais pource que nous esperons que yceste nostre doctrine soit portee par le temps advenir en mains royaulmes affin que en tous lieux ou il auroit en cest endroit aucune deffaulte peust estre vaillable. Nous disons generaument a toutes & de tous pays que il appartient a toute dame & damoiselle de court estre plus saige plus rassise & mieulx moriginee en toutes choses soit jeune ou vieille que autre. Car elles doyvent estre exemplaire de tout bien & de tout honneur aux autres femmes & se autrement le foisoient point ne feroyent d'honneur a leur maistresse ne a elle mesmes. Avecques ce vouldra la sage princesse affin que toutes choses en honnesteté se correspondent que les robes & les atours de ses femmes quoy qu'ilz soyent beaulx & riches comme il appartient bien soyent d'honneste façon bien mis & bien seans honnestement & nettement maintenus mais n'y ait nulle desguisure ne deshonnesteté de trop grans collectz ou d'autres oultaiges & en toutes choses la saige princesse ordonnera ses femmes / tout ainsi que la prudente & bonne abbesse fait son convent en telle maniere que mauvais rapport en estranges contrees ne aval la ville ne autre part n'en puisse estre fait / & sera ladicte princesse tant crainte & redoubtee par le sage gouvernement que on luy verra tenir que nul ne nulle ne sera si hardy aucunement desobeir a ses commandemens ne lever l'ueil senestrement ne mal apoint / car il n'est nulle doubte que une dame est plus crainte & doubtee & tenue en plus grant reverence quant on la voit saige & de pesans meurs & honneste / & posons que elle soit benigne & doulce que ne seroit male & diverse / car le seul regard de la saige & chiere attrempee est assés souffisant signe pour corriger ceulx & celles qui mesprennent & les faire craindre.