Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
¶ Cy devise du .ii. point qui est bon a tenir aux femmes de court qui est comment elles doibvent eschever trop d'acointances. Chapitre .xxix.
Le .ii. point & enseignement si que nous avons dit est que femmes de court de quelque estat qu'elles soyent se doivent garder de trop avoir d'acointances a divers hommes nous convient dire les raisons qui nous meuvent Car maintes par aventure pourroyent suposer & cuider que plus leur loysist & apartenist est acointables que autres femmes: mais celles qui le penseroyent se deceveroient & nous le te monstrerons par deux principaulx raisons / l'une est pource que sur toutes autres les femmes de court ont a garder honneur / l'autre raison te dirons aprés. Quant a ceste pourquoy disons nous que plus que autres ont a garder honneur pource que leur honneur ou deshonneur refiert & redonde en leur maistresse. car se ilz sont ou bien ou mal ordonnees elle en aura le los ou le blasme si que ja est touché en la premiere partie de ce livre. Or il est ainsi que il n'est autre dame a qui tant d'honneur soit deue comme a princesse si seroit a son empirement si aucune tache avoit en femmes. Car on diroit selon seigneur meisgnie duite. Et pource je conclus que plus que autres se doivent garder. Si n'est point de doubte a venir a nostre propos que femmes qui que elles soyent qui se delictent avoir plusieurs acointances a hommes & suppose qu'elles n'y pensent a nul mal ne mais pour rire & esbatre a peine le pourront continuer qu'il n'en soit senestrement parlé & non mye seullement des estrangiers envyeulx qui sans cesser avisent comment pourront aultruy mordre / mais certes de plusieurs de ceulx mesmes a qui elles feront bonne chiere. Car ne pensent point le contraire femmes ne si aveuglent que ja hommes plusieurs ne les frequentent longuement que aucuns ou le plus d'iceulx ne pensent a elles atraire si pevent & quant ils voyent que plusieurs hantent ou lieu ou chascun voulsist estre seul receu ilz en parlent mal & contreuvent l'ung sur l'autre & en derriere s'en rigollent quelque chere que aux dames & damoiselles facent en devant ne quoy que ils se monstrent bien gracieulx & c'est chose vraye lesquelz rigolages & parolles sont raportees en ville de bouche en bouche par les tavernes & ailleurs & chascun y adjouste & met du sien Et par telle voye sans cause & sans raison quant a pechié / mais seullement par la simplesse des femmes qui n'y pensent sont souvent plusieurs a tort blasmés mesmes de ceulx a qui elles font bonne chiere et qui ne le croit si en enquiere. Car pleust a nostre seigneur que dames & damoiselles de court / voire toutes femmes d'ailleurs sceussent bien que telz acomtes dient d'elles cause auroient d'elles retraire de si faictes bonnes chiere. & mieulx leur vauldroit moins d'esbatement que de tant de parolles & par ce que ilz leur rient en devant & promettent corps & service a peine le pourroyent croyre. mais tu nous pourroyes demander comment ne vault il pas mieulx mesmes a honneur garder faire bonne chiere a chascun & que autant en emporte l'un que l'autre seullement que le faire a ung ou a deux & aussi que les autres puissent dire il ne hante en tel lieu que telz ou telz ilz sont en grace autres n'y sont congnuz. Nous te respondons que sans faille de ces deux maulx il n'y a nul qui face a tenir / car mal est / c'est assavoir contre honneur si plusieurs en hantent si que dit est & mal seroit ou est si on n'y voit frequenter seullement ung deux ou trois en maniere que on y peust avoir souspecion. Si n'est l'une maniere ne l'autre bonne. Mais tu nous diras comment seront doncques femmes par especial de court si subgetz que elles ne oseront ame veoir ne elle esbatre sans mal penser a compaignie ou il y ait gentilz hommes. Si te respons a ce que la subgection est bonne quoy que elle desplaise quant elle garde de plus grant inconvenient tout ainsi que la bride ennuye & desplaist au cheval mais non pourtant elle le garde aucunesfois de trebucher ou fossé. Et quant est que elles ne facent bonne chiere ou il appartient & en temps & en lieu s'esbatent convenablement en compaignie d'honneur n'est pas nostre entente de les vouloir a ce restraindre. Et ne disons pas que s'il advient a quelque court que ce soit en france ou autre part que le prince ou princesse reçoyve estrangiers ou princes ou autres vaillans chevaliers ou escuyers que il n'apartiengne bien qu'ilz soient festoyés & entre dames & damoiselles bien venus / car ce seroit contre honneur qui ne le feroit / mais entendons seullement de ceulx qui par droictes bauldes acoustumeement frequenteroyent sans autre achoison y avoir fors de jouer & esbatre es chambres de l'estat des dames & damoiselles. Et ces choses que nous disons ne doyvent ennuyer a nulle soit jeune ou joyeuse ou autre si elle ayme honneur ne que il doit desplaire a celuy qui sa santé a chiere quant le medecin luy dit vous userés de tel remede contre telle maladie & suffise quant a la premiere raison. Mais a venir a l'autre laquelle peut aussi bien toucher aux autres femmes d'onneur comme a celles de court est telle. Chascun qui tant est une chose plus digne plus noble & de greigneur value plus doit estre tenue en grant chierté & moins commune. Or est il ainsi que toute femme honnorable bonne et saige doit este reputee comme ung beau tresor & une notable & singuliere chose digne d'onneur & de reverence. doncques puis que elle est telle et y veult estre tenue il n'appartient point que trop grant marché ne largesse face de ses tresgrans tresors c'est assavoir de l'acointance de sa treshonnorable personne. Car de tant que elle la tiendra en plus grant charté vers tous hommes non mye par orgueil / mais par une grandeur bien seant a femme de tant sera elle tenue en plus grant reverence & en fera l'en plus grant compte / car chose n'est tant voulentiers veue ne desiree que celle que on voit a dangier quant elle est bonne & belle. pource disons que non estre trop accointable a femme bien siet & que largesse de langaige & d'atrais accueillans luy messieent.