Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz

¶ Cy devisent les excusations qui affierent aux bonnes princesses qui ne pourroyent pour aucunes causes mettre a effect les choses dessusdictes. Cha .xx.

Or avons dit ce qui appartient & touche a la largesse de la saige princesse / mais avant que nous passions oultre affin que oblié ne soit nous convient icy toucher par especial questions qui nous pourroient estre faictes sur deux pointz que touchié avons cy devant C'est assavoir l'un que nous avons dit & devisé comme il appartient que la saige princesse se face accointer des gens de tous les estatz & subgetz. Et l'autre a la liberalité que doit avoir. si que dernierement avons dit du premier point. Pourroit souldre telle question vous dictes qu'il appartient a saige princesse d'avoir la benivolence des subgetz pource se doit d'eulx accointer. Mais comment pourroit cestuy enseignement servir a toutes car il n'est point de doubte qu'il est assés que quoy qu'elles soyent tressaiges & prudentes si ont elles maris de merveilleuses meurs & qui si court les tiennent que a peine osent elles parler mesmes a leurs serviteurs et aux gens de leur ostel. si ne se pourroient icelles femmes de nul acointer & ne sert a nul envers elle cestuy enseignement. Item a l'autre point semblablement qu'il est assés de princes & d'autres hommes qui tant tiennent leurs femmes courtes d'argent qu'elles n'ont ung denier. Si ne pourroient celles par effect quelque bon vouloir qu'elles eussent user de celle vertu de largesse. Si respondrons a ces deux questions ensemble tout en unemesmes sentence. c'est assavoir que nous n'entendons mye de celles qui sont gardees par telles extremités. Car aux dames & princesses ou autres tenues en tel servage prudence ne peut donner autre enseignement & sil n'est il pas petit fors prendre en pacience faire tousjours bien a leur povoir & obeir pour avoir paix. Mais parlons a celles que nous supposons qui ayent auctorité sens & puissance de ce faire si que ja avons dit. Et aussi n'entendons mye des jeunes qui encores sont soubz l'administration d'autres dames vray est que cest nostre doctrine s'elles l'estudient & retiennent leur pourra servir d'aprendre a elles gouverner par telle prudence que quant seront en aage de plus grant discrection les maris & seigneurs qui les verront de semblable ordonnance & gouvernement leur pourront bien donner auctorité de faire & gouverner semblablement qu'il est dit & que nous dirons cy aprés en temps & en lieu a leur ennortement & l'homme est trop fol de quelque estat qu'il soit quant il voit qu'il a bonne femme & saige s'il ne luy donne auctorité de gouverner se besoing est. combien qu'il en soit assés de si malostrus & de si descongnoissans qu'ilz ne sçavent veoir ne con gnoistre / ou bonté & sens sont assis & se fondent sur l'oppinion que en sens de femme ne peut avoir grant gouvernement. de laquelle chose nous veons souvent le contraire. Si disons de rechief en concluant que se celles dames ainsi courtes tenues ne pevent en ces pointz mettre a effect leur prudence tant en ce qui touche d'elles faire a congnoistre a leurs subgectz & aussi en faisant largesse elles en sont a excuser. mais neant plus que une grant lumiere se pourroit si fort mucier que par aulcun anglet ne fust apperceue ne les pourront tant empescher leurs maris que s'elles sont bonnes saiges & de bon amour a leurs subgetz que elles ne soyent bien aymees de tous & reputé leur bonne voulenté pour faict pour les discretes et bonnes apparences qu'on verra d'elles / & que louees & renommees ne soyent en tous lieux Et souffice quant a ce propos.