Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
¶ Cy dit comment il n'appartient a femmes de diffamer l'une l'autre ne dire mal. Chapitre .xxxiiii.
Avecques ce que les femmes de court doyvent garder semblablement que dit est de blasmer ne diffamer l'une l'autre pour le peché & autres causes ja assignees / comme aussi que qui diffame autruy de secret que luy mesmes soit diffamé. Car n'est pas doubte que la personne qui sçaura que on le diffame diffamera aussi celuy ou ceulx qui le diffameront & le deust controuver ne nul ne nulle n'est si juste qui doye dire je ne crains ame que pourroit on dire sur moy je me sens net ou nette pource puis parler des autres hardiement / mais c'est follement penser a ceulx et celles qui ainsi le cuident / car par tout a a redire & quelque maniere & ce tesmoigne l'escripture qui dit il n'est homme sans crime c'estadire sans peché & ce tu n'as ung vice tu en as ung autre par adventure pire ou deux ou trois & si tu ne lisoyes bien en ta conscience tu y trouveroyes assés a redire. car pourtant si ton pechié est secret au monde n'est il pas a dieu mucé & luy seul scet qui est bon pelerin. Et avec ces choses c'est trop grant honneur que aval la ville ou autre part on puisse dire les dames & femmes de court mesdient trop bien l'une de l'autre j'ay ouÿ dire a telle dame ou damoiselle tel chose et telle de tel autre. Car court de princesse en tel cas doit estre ainsi que une abbaye bien ordonnee dont les moynes ont serment que aux seculiers ne dehors ne diront riens de chose qui adviengne entre eulx ne de leurs secretz tout ainsi se doivent aymer & porter l'une l'autre comme seurs dames & femmes de court non mye tencer ensemble es chambres des dames ne de traire en derriere comme feroyent harengieres. Car telles choses sont trop mal seans a court de princesse & ne les devroit on souffrir. Nous avons cy devant que la troiziesme cause qui fait mesdire est envye & que c'est celle qui fait le moins a excuser. C'est assavoir est la plus mauvaise & la plus loing de droit & de toute raison & il est vray car se le haineux mesdit de celluy qui luy a meffait c'est chose naturelle que chascun dueille de sa blessure & si dieu ne le deffendoit par la raison susdicte selon droit sensuel te seroit chose juste aussi qui mesdit par oppinion se peut aucunement fonder sur aucune apparence ou couleur qui luy appert comme il luy semble de ce qu'il dit / mais qui mesdit par envye il n'a autre cause ne mais pure mauvaistie qui est & habonde en son courage & pource est le plus dampnable a celle ou celluy qui le dit & le plus perilleux a celluy ou celle de qui il dit que quelzconques autres mesdit. Car oncques morsure de serpent coup d'espee ou autre pointure ne fut venimeuse ne si perilleuse comme langue de personne envieuse / car elle frape & tue souvent soy & autre & aucuneffois en ame & corps. Car se nous y voulons regarder beau sire dieu quans royaulmes quantes contrees & quantes bonnes personnes ont esté destruyctes par maulvais rapors dont le fondement venoit & sourdoit d'envie a merveilles nous en trouvons plusieurs exemples lesquelz je laisse pour briefveté. Et que il est vray que le mesdit de l'envieux viengne par pure mauvaistie sans autre achoison il y pert. Car dequoy a deservy celuy ou celle qui est bonne personne ou qui a plusieurs des biens de grace de nature & de fortune que on die mal de luy ou que il luy pourchasse encombrier pourtant se ces choses luy viennent bien ou se il est eureux & bien fortuné cestuy mesdit ne vient de nul droit pource concluons ce que dit est devant c'est assavoir de pure mauvaistie il vient / & pourtant est le plus dampnable & de ceste envye pource que cy devant en est
assez parlé au quatriesme & cinquiesme chapitre de ceste deuxiesme partie n'en dirons plus & suffise a tant quant a parler des dames damoiselles & femmes de court.