Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
¶ Cy dit des femmes des laboureux. chap. li.
Or nous convient tirer vers la fin de nostre procés dont il est temps desormais parlant aux simples femmes de labour es villages auquelles n'est mestier deffendre les grans paremens ne oultrageux habitz. Car de ce sont bien gardees & non pourtant quoy que elles soyent nourries communement de pain bis de lart de potage & de eaue abuvrees & que assés de peine trayent est leur vie plus seure & en plusgrant souffisance que de telles sont bien hault assises. Et pource que toute creature de quelque estat qu'elle soit a mestier d'introduction & bien vivre nous plaist que elles soyent participans en nos leçons si leur dirons ainsi entendés simplettes femmes qui demourés es villaiges es platz païs ou es montaignes qui ne povez mye souvent ouÿr ce que l'eglise admoneste a toute creature pour son sauvement si n'est par vos curés ou chapelains au dimenche au prosne en brief sicomme dire le scevent retenés nostre leçon a vous adrecee s'il est ainsi que aller puisse jusques a vos oreilles affin que ignorance qui vous peut decevoir par faulte de plus sçavoir ne vous destourner de sauvement. Si devés sçavoir tout premierement qu'il est ung seul dieu tout puissant tout bon tout juste & tout saige a qui nulles choses sont celees qui rend guerdon a toute personne ou de bien ou de mal selon ce qu'il a deservy celuy seul doit estre parfaictement aimé & servy. mais pource qu'il est tant bon qu'il a aggreable tout service que bon cueur luy presente & tant saige qu'il scet la possibilite des gens luy suffit que chascun face vers luy selon sa possibilité & souffist mais que le cueur y soit. Et pource entre vous de qui il est necessité que le monde soit secouru au labour qui est pour la sustentacion vie & nourrissement de toute creature humaine parquoy ne povés tant vacquer ne entendre a le servir en faisant jeusnes disans oraisons ne aller a l'eglise comme autres femmes de bonnes villes & toutesvoyes avés aussi bien besoing de sauvement que autres ont comment doncques qui les servés par autre voye sicomme nous vous dirons / c'est assavoir en cueur & en voulenté en faitz en dis et en pensee. C'est assavoir en tant que vous l'aimez de tout vostre cueur vous garderés de faire a vos voisines ou autres gens ne que vouldriés qu'ilz vous feissent & que de ce admonnestés bien vos marys / c'est assavoir quant ilz labourent terres pour autruy qu'ilz le facent bien & loyaulment comme pour eulx feroient & se c'est a moisson payent leur maistre du froment qui aura creu en la terre si tel est le marchié & non mye mesler seigle avec & faire entendant que autre n'a rendu / ne mucent pas les bonnes brebis ne les meilleurs moutons ches les voisins ou autre part pour payer le maistre quant vient au partaige des pires ne face acroire que mortes sont par luy / luy monstrer les peaux d'autres bestes ne le payent des pires toisons des laines / ne mauvais compte ne luy rendent de ses voitures ne de ses choses ou de sa volaille. & ne voisent coupper en aultruy bois sans congié pour lever leurs maisons / & quant vignes prennent a faire soyent diligent de les faire de toutes façons & en bonne saison. Et quant ilz seront commis pour leurs maistres de prendre des autres ouvriers s'ilz les louent six blans le jour ne face mye acroire que sept coustent et ainsi de toutes telles choses les bonnes femmes doivent adviser leurs marys qu'ilz s'en gardent / car ilz se damneroyent & par bien faire & loyaulment leur labeur prennent en gré leur vie sans faille ilz se sauvent & est vie bonne & aggreable a dieu & elles mesmes leur doivent aider en ce que elles pevent & bien garder qu'elles ne voisent ne seuffrent aller leurs enfans rompant hayes pour en autruy courtilz embler les raisins par nuyt ou par jour / ne autruy fruitaiges / ne quelconques courtillaiges ne autres choses / ne leurs bestes ne mettent paistre en gaignages ne au prés de leurs voisins ne quelconques chose ne tollent autruy ne qu'elles vouldroient que on leur tollist. voisent a l'eglise le plus qu'elles pourront & payent a dieu loyaulment leurs dismes & non mye des pires choses & dient des patenostres paisibles soient avec les voisins sans leur faire dommage en plait pour pou de chose. Si que assés de villages font que ja ne seront aises se ilz ne plaident croyent bien en dieu & ayent pitié de ceulx a qui verront mal avoir & par ces voyes tenir si pourront les bonnes gens sauver tant hommes comme femmes.