Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
¶ Cy devise des femmes des mestiers comment gouverner se doivent. Chap. .xlvii.
Or nous convient parler de l'ordre de vivre des femmes mariees aux hommes des mestiers qui demeurent es cités & bonnes villes sicomme a la ville de paris & autre part non obstant que tout le bien que devant est dit pevent prendre en leur usaige se il leur plaist. mais non pourtant que les mestriers soyent plus honnestes les ungs que les aultres sicomme orfevre brodeur armurier tapissier & autres plusieurs que ne sont maçons cordonniers & telz semblables a toutes appartient que elles soyent tressoigneuses & dilligentes se chevances veullent avoir par honneur de solliciter leurs maris ou leurs ouvriers de eulx prendre matin a la besongne & tard laisser / car sans faille il n'est nul si bon mestier que qui n'y met dilligences a peines peut on aller de pain a autre. Et avec ce que tel femme doibt solliciter les aultres a ellemesmes appartient mettre les mains a la paste tant faire que elle se congnoisse en l'ouvrage affin que elle saiche deviser a ses ouvriés se le mary n'y est reprendre s'ilz ne font pas bien doibt estre dessus pour les garder d'oiseuseté car par ouvriers mausongneux est aucunesfois desert le maistre & quant marchés viennent a son mary de faire aucun ouvraige aucunement dangereux & non acoustumé elle le doibt admonnester par bel que il garde bien que il n'en prengne marché ou il puist perdre & luy conseille que le moins qu'il puisse face de creances s'il ne scet bien ou & a qui / car par ce plusieurs viennent a povreté quoy que aucunesfois la couvoitise de plus gaigner ou de la grant offre que on leur fait / leur face faire. Avec ce doibt tenir son mary en amour le plus qu'elle peut a celle fin que plus voulentiers se treuve a l'hostel & que il n'ayt cause de suyvre les sottes compaignies d'aultres jeunes hommes en tavernes & autres superflus & oultrageuses despenses si que assez de gens de mestier & par especial a paris font desquelles par doulcement traicter le doibt garder le plus que elle peut. Car on dit que trois choses chassent l'homme de son hostel femme rioteuse cheminee qui tient fumee & maison ou il pleut. Avec ce elle se doit tenir voulentiers a l'hostel non mye allant tous les jours trotant ça & la voisinant pour sçavoir que chascun fait ne visitant souvent commeres / car c'est faict de maulvaises mesnagieres si ne luy sont bien seans tant de compaignies faire par ville ne troter a pelerinages trouvés sans besoing qui ne sont toutes fors despences sans necessité. Avec ce doit admonnester son mary que ilz vivent si sobrement que la despence ne passe la gaigne si que au bout de l'an se treuvent en debtes se elle a enfans leur face aprendre premierement a l'escolle affin qu'ilz puissent & sachent mieulx servir dieu aprés soyent mis a aulcun mestier par quoy leur vie puissent avoir. Car grant avoir donne a son enfant qui luy donne science marchandise ou mestier & les garder de mignotises & de friandises sur toutes riens. car en verité c'est une chose qui moult honnist les enfans de bonnes villes qui est grant peché a peres & a meres lesquelz doibvent estre cause du bien & des bonnes meurs de leurs enfans & ilz sont aucunesfois achoison par les friandises en quoy ilz les nourrissent & les grans mignotises que ilz leur font de leur mal & perdicion.