Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
Cy parle de dames baronesses la maniere du sçavoir qu'il leur appartient. chap. .xxxv.
Or advient a parler aux dames et damoiselles qui demeurent en chasteaulx ou en autres manoirs sur leurs terres ou en villes fermees ou bours / si nous fault adviser que nous pourrons dire qui leur soit propice. Et pource que leurs estatz & puissances soyent differens nous convient parler en aucunes choses differentement c'est assavoir de l'estat ordre & maniere de leurs vivre / mais quant aux meurs et biensfaitz vers dieu tout leur affiert ce que dit est devant aussi bien que aux princesses & dames de la court. C'est a entendre ensuyvir les vertus & fuyr les vices si le pourront la veoir si leur plaist. & pource que en diverses seigneuries sont demourans plusieurs puissans dames. Sicomme baronesses & grans terriennes qui pourtant ne sont pas appellees princesses lequel nom de prince n'affiert estre dit ne mais des emperis des roynes & des duchesses se ce n'est aux femmes de ceulx a qui a cause de leurs terres sont appellees princesses par le droit nom du lieu sicomme il en a en ytalie & ailleurs & quoy que les contesses ne soyent mye en tous pays nommees princesses / mais pource que suyvent assés le renc des duchesses selon la dignité des terres entendons d'elles ou nombre dessusdit des princesses parlerons icy premierement ausdictes baronnesses dont assés y a en france en bretaigne & autre part qui passeroient en honneur & puissance moult de contesses est il quoy que le nom de baron ne soit si hault que de conte / mais moult est la puissance grant d'aulcuns barons a cause de leurs terres & seigneuries & la noblesse qui y est dont leurs femmes tiennent moult grant estat & a dire d'icelles ce que a leur gouvernement appartient est assavoir qu'il affiert trespeciallement a baronnesses qu'elles soyent saiges & prudentes & plus communement que les autres femmes. Si nous convient deviser comment s'estendra son sçavoir / ce que elle se sache entendre de toutes choses / car dit le philozophe que celluy n'est pas saige qui ne congnoist aucune chose de chascune part. Et aussi luy appartient a avoir sicomme couraige d'homme. Si n'est mye a dire que elle doye estre nourrie trop en chambre ne soubz grans & feminines mignotes. Or est a parler des causes [qui nous meuvent. Il n'est pas doubte que il apertient a tout baron, se il veult estre honnourez en son degré, que le moins du temps demoure sus ses manoirs et en son propre lieu, car suivre armes, la court de son prince, et voyagier sont ses offices. Or demeure la dame, sa compaigne, laquelle doit representer son lieu: quoy que il ait assez baillis, prevosts, receveurs et gouverneurs, il affiert que souveraine soit sur tous. Et pour ce convient ce faire: veult selon son droit que elle se gouverne par tel savoir que craintte soit et aussi amee. Car c'est la meilleur craintte qui soit que celle qui vient d'amour, si que dit est devant, et que ses hommes puissent recourir a elle pour tous reffuges aprés le seigneur, et en cas que on leur feroit aucun tort: et pour ce est droit que elle sache de toutes choses, afin que en chascun cas puist donner response convenable. Soit toute enseignee et aprise des usages, drois et coustumes du lieu, et quelz choses y apertiennent; bien enlangagee, haultaine, se besoing est, par bonne discrecion contre ceulx qui la vouldroient mespriser ou qui aucunement seroient rebarbatis et rebelles, et doulce, humble, et charitable vers les gens obeissans; si doit ouvrer par les gens du conseil de son seigneur en tous ses fais, et oïr les opinions des anciens sages afin que elle ne soit reprise de chose que elle face ne que on ne die que elle vueille ouvrer de sa teste. Nous avons dit aussi que elle doit avoir cuer d'omme, c'est qu'elle doit savoir des drois d'armes et toutes choses qui y affierent afin que elle soit preste d'ordonner ses hommes se besoings est, et le sache faire pour assaillir et pour deffendre se le cas s'y adonne; prendre garde que ses forteresses soient bien garnies; se elle est en aucun doubte ou avis que elle entrepregne aucun fait, essaie ses gens et sache de leurs courages et voulentez ains que trop s'y fie, regarde quelle puissance elle a de gens et quel secours puet avoir se besoing en a; et que elle en soit certaine, non mie se attendre en vain ne en foibles promesses, prengne garde comment pourra fournir ains que son seigneur viegne, et quel finance elle a et puet avoir pour ce faire; se garde le plus que elle pourra de grever ses hommes, car c'est chose de quoy on acquiert trop leur haine; parle hardiement et constamment a ses gens de ce qui sera deliberé par son conseil a faire, non pas die hui une raison et demain une autre; donne par ses bonnes et belles paroles courage aux gens] d'armes & a ses hommes d'estre bons & loyaulx et de bien faire ainsi & par tel voye sont ces manieres convenables a tenir a la saige baronnesse son mary estant dehors se il luy en a donne la charge & la commission se il advient que aucun autre baron ou puissant homme luy vueille faire quelque chalenge d'aucune chose. et avecques ce luy sont expedians & propices les manieres que avons ja devisees cy
devant ou chap. des princesses vefves lesquelles choses par une autre raison luy sont prouffitables a aprendre & que elle sache tout le fait de son gouvernement si que dit est / des le vivant de son mary / c'est assavoir que se vefve demouroit qu'elle ne fust pas trouvee ignorante de sçavoir son estre si que chascun la voulsist fouler et emporter sa piece.