Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz

¶ Cy devise comment jeunes femmes se doivent maintenir vers les anciennes. chap. .xlvi

Si viendrons aux enseignemens qui pevent garder les jeunes gens de contendre arguer mesaymer ne despriser les anciens / mais les avoir en toute reverence. & leur dirons ainsi. O enfans & entre vous jeunes gens qui estes abilles a retenir & aprendre entendés la leçon qui vous peut introduire prouffitablement en meurs & coustumes qui a tenir vous affierent vers les treshonnorables estatz des anciens. Laquelle leçon vous peut introduire en cinq principaulx pointz. dont le premier point appartient a la reverence que porter leur devés. Le deuxiesme a l'obeissance. Le troisiesme a la crainte Le quatriesme en l'aide & reconfort. Et le cinquiesme a adviser le bien qu'ilz vous font & que par eulx. dont quant au premier point qui est de la reverence que par droicte ordonnance leur devés est escript que il fut ung roy en grece que on nommoit figurgus / qui maintes belles lois trouva & entre les autres en establit une telle que les jeunes gens portassent tresgrant honneur & reverence aux anciens. Si advint une fois que celluy roy ou autre sien successeur avoit envoyé ses ambassadeurs en une autre contree avec lesquelz estoient alés pour les garder servir & acompaigner de nobles gens du païs Advint que quant temps fut de faire leur legation la presse estoit moult grande ou lieu ou assis estoient / car la fut assemblee la gent pour ouÿr ce que dire vouloyent si estoient les places toutes prinses. Si y vint ung ancien homme pour ouÿr comme les aucies & ala traçant tout a l'environ pour trouver a se seoir & nul de sa nation trouva si courtois qui point de lieu luy presentast mais quant il vint a l'endroit ou seoient les jeunes estrangiers dessusditz tantost selon les lois de leur païs se leverent & firent reverence & place au vieillart. laquelle chose fut tresgrandement notee & prisee de tous. Et ceste mesmes maniere tenoient semblablement les rommains au temps qui se gouvernoyent par souveraines ordonnances. Et pourtant entre vous enfans & jeunes gens cest exemple par enseignement vous soit doctrine / car sachiés que droit & raison veult que honneur leur soit portee & mesmes la saincte escripture le tesmoigne & soyés certains que en ce faisant vostre tresgrant los y sera. Car l'honneur n'est mye a celluy a qui on le fait. Et s'il est ainsi que honneur leur devés il s'ensuyt que souverainement vous devés garder de les mocquer ne dire ou faire derisions injures oultrages ne vilennies quelconques desplaisir ne arguer a ceulx sicomme font aucuns mauvais enfans qui trop en sont a reprendre / qui les appellent vieillars ou vieilles / mais c'est ung bel reproche a qui bien le gouverne. Le deuxiesme point qui est comment leur devés obeir touche comment devés croire certainement que ilz sont plus saiges que vous si appartient que vous vous tenés a leurs oppinions plus que aux vostres / c'est a entendre des anciens saiges que usiés de leur conseil & de vos plus grans fais ordonnés & riglés par eulx et par ainsi ne pourrés estre aprins. Le quatreiesme point est que tous ne soient ilz pas fors de corps pour vous batre / et que ja n'ayés celle doubte si les devés vous craindre sicomme s'ilz fussent tous vos peres & vos meres. La raison est pource qu'ilz ont avecques eulx en leurs sens Et sçavoir le baston de correction qui vous appartient pource vous affiert redoubter leur presence / c'est assavoir vous garder de mesprendre la ou ilz sont: car tost l'apercevroient Le quatriesme est que vous leurs devez ayder & reconforter de la force de vostre corps & aussi de voz biens piteusement en leurs maladies & foiblesses a ceulx qui besoing en ont par humaine compassion pensant que semblablement devendrés impotens & foibles se vous tant vivés si vouldriés bien adonc que on vous reconfortast & aussi pour la tresgrande charité & aulmosne que c'est envers dieu / car plus grant enfermeté n'est que vieillesse. Item le cinquiesme point qui est du bien que par eulx recevés lequel plus vous doit esmouvoir a les suporter & avoir compassion d'eulx est que ce sont mesmement les loys par ce estes enseignés & riglés en ordre de droit si ne pourriés jamais rendre ces grans benefices & qui aussi soustiennent tous les jours en toutes terres païs & royaulmes les belles rigles & ordonnances du monde. car non obstant la grant force des jeunes se ne fussent les saiges anciens le monde yroit a confusion / & ce mesme tesmoigne la saincte escripture qui dit mal pour la terre dont le roy ou seigneur est enfant c'est a dire jeune de meurs et aussi & par ces rigles entre vous jeunes vous devez ordonner & maintenir vers les anciens affin que le bien de vous & de vostre renommee mesme en croisse. Car moult est grant auctorité la bonne renommee qui est recitee par la bouche de saige ancienne personne de la relation d'autruy & y adjouste l'en grant foy parquoy se les jeunes qui la desirent estoyent bien advisés ilz devroyent mettre trop grant peine d'estre en leur grace par bonnes meurs affin que d'eulx ilz fussent loués. Si touche cest admonnestement que dit avons en ce pas tant les jeunes hommes comme les jeunes femmes. Mais pour descendre a nostre propos a l'enseignement des femmes pource que les sens et les biens dessusdictz sont es anciennes / c'est assavoir en ceulx & celles qui sont honnorables & saiges car nostre entente n'est mye d'aucuns maleureux vieillars ou vieilles endurcis en leurs pechés & vices ou n'a quelconques sens ne bonté & ceulx sont a fuyr plus que chose nee / mais de bonnes & honnestes se doibt voulentiers accointer toute jeune femme qui desire honneur aller a festes ou a quelconque lieu que ce soit voulentiers en leur compaignie plus que avec les jeunes / car plus en sera louee & plus seurement yra & se aulcune chose venoit en l'assemblee mal apoint ja le diffame ou blasme ne sera sur telle qui en honnorable compaignie d'ancienne femme bien nommee sera. Si doibt si que dit est la jeune femme servir & honnorer & porter grant reverence a l'ancienne & suporter d'elle posons qu'elle feust aucunement male ou dangereuse recevoir en gré sa correction ne luy respondre point maulgracieusement mais se taire ou parler courtoisement l'apaisier par bel se elle peut & se garder de faire les choses qu'elle scet qui la peut mouvoir a ire & de ce faire sera tres louee. Et par ces voyes tenir de vieilles gens aux jeunes gens & de jeunes aux vieulx pourra estre gardee & maintenue[**u/n entre eulx qui souventesfois sont en grans desaccors.