Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz

¶ Ce parle contre l'orgueil d'aucunes. Chap. .xxxviii.

Mais l'orgueil de ces habitz dessusditz suyt ung aultre oultraige. certes moult desplaisant a qui droit y vise / c'est le harnoys que plusieurs font quant es compaignies a nopces & assemblees de femmes d'aller l'une devant l'autre / dieu scet les envies qui pour ceste cause sourdent / & les mautalens / & mesmement en laissent plusieurs y a a acointer l'une a l'autre & faire amytiés ensemble pensant. se je acointoye celle la qui se tient grande il conviendroit que je allasse au dessoubz d'elle & que devant moy fust mise / si ne le pourroit mon cueur souffrir. pource n'iray je point en sa compaignie. Et ainsi pour celle cause font plusieurs femmes tant estranges l'une de l'autre qu'elles se entreregardent es compaignies par dessus l'espaulle comme s'elles voulsissent / dire. celle la ne me vault mye. Et ce tour scevent bien faire mesmes a paris assez en est il dont qu'elles soient venues mais que leurs marys soyent ung pou montés par quelque office de roy. mais qui pir est encores a parler d'icelles dames & damoiselles ou autres de ce qu'elle en font en l'eglise de dieu auquel lieu par especiaulté doit estre eschevé tout peche qui plus est grief & grant quant il est fait ou pensé la que autre part / car c'est la place d'oraison au service de dieu le createur. sicomme luymesmes tesmoigne en la saincte evangille. Le harnois qu'elles font de aller a l'offrande l'une devant l'autre qui est tel & si oultrageux. Et plus est encores ceste coustume maintenue en picardie & bretaigne que en ceste france. Car on a veu mainte fois d'aucunes tant oultrecuydees que pour celle cause se prenoyent aux mains en l'eglise mesmes & s'entrefaisoient & disoyent de grans oultrages. Et semblablement de prendre le paix. Mais pis y a que les maleureux maris voire de telz y a la nourrissent & introduisent en celle folie & le veullent / ou autremens se ainsi ne le faisoient ilz se courrousseroyent a elles pensant. Je suis plus gentilhomme que tel / si doit ma femme aller devant la sienne. Et l'autre repensera. Mais moy suis plus riche ou plus grant en office ou pareil. si ne souffriray point que sa femme prengne l'honneur devant la mienne. Et par ainsi aucuneffois que pour ceste cause mesmes les folz hommes s'en entrebatent. Ha dieu quelz oultrages & quelle faulte de sens & sans faillir on ne deveroit point souffrir entre crestiens telz oultraiges. Et les curés & prestres ou les evesques mesmement qui plus ont puissance se les simples prestres n'osent deveroyent deffendre en leurs jurisdicions telles injures faire par especial en l'eglise. Car en verité mieulx vauldroit que telles femmes fussent en leurs maisons que de mener la faitz si oultrageux. Et les prestres qui a telz boubans les voyent venir a l'autel par semblant d'offrir a dieu a elles offrent au prince d'enfer qui est pere d'orgueil se deveroient tourner a n'attendre leur offrende & semblablement de la paix on leur deveroit attacher a ung clou & l'alast baiser qui vouldroit. Et sans faille celles dont nous parlons baisent bien l'oustil que on dit paix / mais pourtant ne la prennent mye ains prennent guerre puis que leur cueur en est en rancune par l'eslevance de grant orgueil Et c'est certes une mauvaise & laide coustume d'ainsi s'entreenvoyer la paix a la messe comme on fait & ung grant destourbier & empeschement de devotion car tel l'envoye a ung autre qui auroit grant despit s'il la prenoit Et que vallent donc telz serimonies. Car puis que elle signifie la communion de paix qui doit estre entre crestiens aussi bien appartient elle aux petis comme aux grans. Et les choses qui sont de dieu toute personne a qui elles viennent ne les doit refuser pour envoyer a ung autre. Et vrayement a tout dire telz coustumes sont a reprouver entre crestiens. mais pource qu'il ne souffist mye dire de sa maladie qui ne touche & parle du remede a la curer qui sans faille pour oster l'enfleure de tel orgueil acoustume a maintenir en ceste maniere / laquelle chose grant charité et bien seroit pour le prouffit des dames de plusieurs* si que ja avons touché cy devant que les evesques se penassent d'oster ces laides coustumes en telle maniere que ilz excommuniassent aprés la deffence tous ceulx & celles qui maintenir le vouldront & grant bien seroit. et a parler des creatures qui se veullent par arrogance eslever en si fais boubans certes grans folye les y conduyt. Car homme se tu veulx bien adviser la misere de ton commencement / ou tu es / ou tu yras tu n'auras cause de toy orgueillir. Et se tu veulx dire que ce fait gentillesse qui te conduyt & maine a desirer telz honneurs nous te faisons assavoir que il n'est noble si n'a aultre gentillesse ne mais des vertus & des bonnes meurs & se tu ne les suis et as en toy qui que tu soyes ne n'est point gentil ne gentillesse. Et se tu le cuides estre folle opinion te deçoit. Et ce mesmes tesmoignent tous les sains docteurs qui a ce propos ont parlé en disant que celuy n'est pas le plus grant qui plus est eslevé en estat. mais celuy qui est le plus vertueux. Et saint augustin au livre des parolles de nostreseigneur nommeement parlant a vous. C'est assavoir a ceulx qui cuident estre nobles seulement pour le sang & ne font force des vertus. O fait il gent deceue par cuider / vous vous delictes en haultesse & estre reputés grans & trenchiés a y monter / mais vous n'en sçavés pas bien le chemin ains vous y forvoyés / car vous cuidés attaindre & monter hault & vous descendés par ce que le premier degré ou voulés asseoir vostre pié est orgueil qui est tresbasse & vile fosse / mais je vous adresseray mieulx au degré par ou on monte se croyre me voulés. C'est le degré d'humilité qui est le premier & puis les autres vertus ensuyvant & ce par la montés vous serés tresnobles & yrés tant hault que vous vouldrés sans que nulle mauvaise fortune vous puist nuyre. Aprés ces choses reste a parler des dames & damoiselles qui demeurent aux bonnes villes & es cités fermees affin qu'en difference de toutes pensions dire quelque chose qui a l'acroissement de leur bien & honneur puist estre. Si est assavoir qu'il advient aulcunesfois & souvent que les gentilz hommes marient de leurs filles a de riches hommes demourans es cités & bonnes villes. dont les ungs sont chevaliers ou officiers du roy. les autres bourgois ou grans marchans. Et celles ne sont pas tousjours le pis mariees s'elles le veullent prendre en gré & se oppinion ne les deçoit / mais il advient aucunesfois a d'aucunes par faulte de sens et habondance d'orgueil que elles ne s'en tiennent par pour contentes / par ce qu'elles reputent leurs maris villains envers elles qui est grant folie si que ja est prouvé si devant / car nul n'est villain s'il ne fait vilenie ne gentil s'il n'est vertueulx / & pource se elles sont nobles & gentilz femmes le doivent monstrer par bonnes meurs & oeuvres vertueuses. Car si que il est contenu ou livre de ecclesiaste Se tu es grant & tu te humilies de tant croistra plus ta grandeur & ton honneur. Car de tant seras tu mieulx prisé. A propos icelles gentilz femmes de tant que plus se humilieront devant leurs marys en obeissance & reverence & la foy que mariaige requiert de tant plus croistra leur honneur. Car quoy qu'il appartiengne a toutes femmes la faire encores icelles plus que les autres en seront prisees. Et se es compaignies des autres femmes sont trouvees courtoises humbles & humaines & a leur maisgnie non trop maistriseuses ne trop curieuses de grant service entour elles & a toutes gens amiables & benignes de honorable port maintien & habit sans oultrage elles seront de bon exemple aux autres femmes & dira l'en d'elles ce qui est dit au proverbe commun Qui des bons est souef flaire.