Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz

¶ Cy devise des femmes veufves vieilles & jeunes. Chap. .xliii.

Pour entendre nostre oeuvre plus acomplie au proffit de tous les estatz des femmes parlerons aux vefves des communs estatz quoy que dessus ayons dit en l'estat des princesses dirons en telle maniere. Cheres amys nous mues par pitié de vous cheues en l'estat de vefveté par mort qui despoullés vous a de voz maris qui qu'ilz soient ou fussent auquel piteux estat sont livrees communement maintes angoisses & assez d'enuieux affaires: mais c'est en diverses manieres. Car a celles qui sont riches d'une guise & a celles qui mye ne le sont en une autre. Si est livré meschief aux riches par ce que on bee communement a leur oster & aux povres ou a celles qui ne sont mye riches par ce que en leurs affaire ne treuvent pitié sicomme en nulluy. Si y a avec la douleur que avez d'avoir perdu voz parties qui assez deust souffrir trois principaulx maulx qui moult generaulment soient povres ou riches vous convient sus. L'ung qui est ja touchié est que vous trouvés communement durté pou de pris & de pitié en toute personne & telz vous souloyent honnorer ou temps de voz maris qui officiers ou de grant estat estoyent qui ores en font pou de compte & pou les trouvés amys. Le deuxiesme mal dequoy estes assaillies est de divers plais & demandes de plusieurs gens en faitz de debtes ou de chalenges de terres ou de rentes. Et le tiers est le maulvais langaige des gens que de commun cours est enclin a vous courroseure si que a peines sçaurés si bien faire que on n'y trouve a redire. Et pource que vous avez besoing d'estre armees de bon sens contre ces pestilences & de toutes autres qui advenir vous pevent nous plaist vous admonnester de ce qui vous peut estre vaillable combien que peult estre que en avons ailleurs parlé mais pource qu'il eschiet a propos de rechief le ramentrons. Quant a la durté que vous trouvés en toute gent communement qui est le premier des trois dessusditz maulx y a aussi trois remedes: L'ung que tout premierement vous tourniés vers dieu qui tant veult souffrir pour creature humaine. & se bien y pensez ce vous apprendra a estre patientes qui est chose qui bien vous a besoing / & vous conduyre en point se bien y mettés le cueur que pou tiendrés de compte du pris & de l'honneur du monde. Car ores a primes pourrés apprendre comment les choses du monde sont tournables. Le deuxiesme remede est que il convient que vous disposez vostre cueur a estre doulces & benignes en parolles & en reverence a toute gent si que par celle voix vous matiez & flechissiés les couraiges des felons et par doulces prieres & humbles requestes. Item le troiziesme remede est que non obstant les dessusdictes choses & que en parolles habitz & contenance soyent doulces humbles que vous advisiés par bonne prudence & saige gouvernement comment vous vous deffendrés & garderés de ceulx qui trop vous vouldront fouller. C'est assavoir que vous escheviez leurs compaignies n'avoir que faire avecques eulx se vous povez vous tenir closement en voz hostelz ne prendre debat a voisin ne a ung ne a autre ne mesmes a varlet ne chamberiere / tousjours parler bel et garder vostre droit / & par ainsi faire & par pou vous mesler avecques diverses gens se besoing ne vous en est / escheverés que vous ne soyez foullees ne suppeditees par autruy. Au fait des plais ceulx qui vous assauldront qui est le deuxiesme mal debvés sçavoir que eschever debvez plait et procés le plus que vous povez. car c'est chose qui trop peut grever femme vefve pour plusieurs raisons. L'une qu'elle ne se congnoit & est simple en telz choses. L'autre qu'il convient qu'elle se mette en dangier d'aultruy pour faire solliciter ses besongnes & gens sont communement mal dilligens des besongnes aux femmes & voulentiers les trompent & mettent en despens huyt solz pour six. Et l'autre qu'elle n'y peut a toutes heures aller comme feroit ung homme. Et pource est le meilleur conseil qu'elle laisse avant aller aucune partie de son droit mais que ce ne soit a trop grant oultraige que elle si fiche & se doit metre en tous ses devoirs offrir raisonnables offres par bon conseil de ce qu'on luy demande ou s'il fault qu'elle soit demanderesse qu'elle pourchasse avant le sien courtoisement & regarder se par aultre voye ou moyen le pourra traire. Se on l'assault par debtes regarder quelle action & quelle cause les demandeurs ont. Et posons toutesfois qu'il n'y ayt lettre ou tesmoingtz se sa conscience sent que quelque chose soit deue garde soy bien qu'elle ne retienne le droit d'autruy car elle chargeroit l'ame de son mary & la sienne & dieu luy sçauroit bien envoyer tant de pertes au feur l'emplaige d'autre costé que la perte doubleroit. Mais se saigement se scet garder des cauteleux qui demandent sans cause elle fait ce qu'elle doit Mais se a toutes fins convient qu'elle entre en procés doit sçavoir que troys choses principalles sont necessaires a toute personne qui plaide. L'une est ouvrer par conseil des saiges coustumiers & clercz bien aprins es sciences de droit & de loys / l'autre est grant soing & grant dilligence de soliciter la cause / & l'autre est avoir argent assez pour ce faire. car sans doubte se l'une de ces trois choses faillent quelque bonne cause que la personne ayt en peril sera de la perdre. Si est mestier a la femme vefve en ce party qu'elle se tire vers les anciens coustumiers les plus usaigiers de diverses causes & non mye devers les plus jeunes leur monstrer sa raison ses lettres & tiltres entendre bien ce qu'ilz diront ne leur cele riens de ce qui peut appartenir a la cause / soit pour elle ou contre elle. Car conseiller ne la pevent fors par ce qu'elle leur dit & se leur conseil plaide ou accorde aux parties par leur advis / mais se en procés entreface diligence & paye bien / si en sera meilleure sa cause. Si luy conviendra bien pour ces choses faire et pour resister a tous les aultres ennemys se a chief en veult venir qu'elle prengne cueur de homme / c'est assavoir constant fort & saige pour adviser & pour poursuyvre ce qui luy est bon a faire non mye comme simple femme s'acrouppir en plours & en larmes sans autre deffence. comme ung povre chien qui s'aculle en ung coingnet & tous les autres luy courent sus. Car par ainsi faire entre vous femmes trouveriés assez de gens sans pitié qui le pain vous osteroyent de la main et vous reputeroit on ygnarans & simples / ne ja pource plus de pitié ne trouveriés en ame / si ne devés pourtant ouvrer de vostre teste ne en vostre sens vous fiez. Mais tout par bon conseil par especial es grans choses que vous ne sçavez. Et ainsi par telle voye vous devez gouverner entre vous vefves en voz affaires c'est a entendre celles qui sont ja d'aage & qui plus nourir ne se veullent. car quant des jeunes il appartient qu'elles soyent gouvernees par leurs parens & amys tant que remariees soyent se tiennent doulcement & simplement avec eulx & en tel guyse que maulvaise renommee n'en puisse saillir car ce seroit l'achoison de faire perdre leur bien & avancement. Le tiers remede contre les trois maulx dessusditz aux femmes vefves qui sont au dangier du mauvais langaige des gens est qu'elles se doivent garder en toutes manieres de non donner occasion de mal parler sus elles en contenances maintiens & habitz qui doibvent estre simples & honnestes coyes doubteuses du fait de leur corps qu'on ne puisse en mal murmurer. ne soyent trop acointables ne privees a hommes que on voye frequenter souvent en leur maison s'ilz ne sont leurs parens. & encores que ce soit fait discretement ne beau pere prestres ne freres pou ou neant quelque devote qu'elle soit: Pource que le monde est tant enclin a dire mal & se garder de tenir mesgnie ou l'en puist avoir aucune suspecion ne moult grant priveté ne familiarité quelque bons qu'elle les saiche / ne quoy que a nul mal n'y pensast ne leur face ne au fait de sa despence affin qu'on n'en puist parler & aussi pour mieulx garder le sien ne tiengne trop grant estat ne en gens ne en robes ne en viandes car c'est droit estat de femme vefve estre sobre & sans superfluités de quelque chose. Et pource que en l'estat de veufveté a tant de durté pour les femmes sicomme nous disons & il est vray pourroit sembler a aulcunes gens que doncques seroit leur meilleur que toutes se remariassent. Si pourroit a ceste question estre respondu que s'il estoit ainsi que en la vie de mariage eust tout repos & paix vrayement seroit sens a femme de s'i rebouter mais parce qu'on voit tout le contraire le doit moult eslongner toute femme quoy que aux jeunes soit chose comme de necessité ou tresconvenable. Mais a celles qui ja ont passé jeune aage. Et qui assez ont du leur ne povreté ne les y contraint c'est toute follie quoy que aucunes qui le veullent faire dient ce n'est riens d'une femme seulle & si pou se fient en leur sens qu'elles se excusent que gouverner ne sçauroient. mais le comble des follies & la grant mocquerie est quant une vieille prent ung jeune homme. dont petit voit on longuement bonne chanson chanter. mais tant y a que de leur malle meschance on ne les plaint point a bon droit.