Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
¶ Cy devise comment femmes de estat doivent estre ordonnees en leur habit / et comment se garderont de ceulx qui tachent a les decevoir. chap. .xli.
Le tiers point que voulons notifier a entre vous femmes d'estat de bonnes villes & aux bourgoises / lequel touche vos vestures & habillemens est qu'en iceulx ne vueillés point estre oultrageuses tant es coustumes comme es façons. & y a .v. especialles raisons qui vous doivent mouvoir a vous en garder. L'une que c'est pechié & chose qui desplaist a dieu d'estre tant curieux ou curieuse de son corps La .ii. que de faire oultrage on n'en est ja plus prisié / mais mains / ains que ailleurs est ja dit. La .iii. que c'est gastement d'argent apovrissement & vuidenge de bource. La quatriesme que on donne mauvais exemple a autruy / c'est assavoir cause de ainsi faire ou plus. Car il semblera a une dame qui verra a une damoiselle prendre si grant estat ou a une bourgoise que de tant qu'elle est plus grande devera encores plus croistre son estat / & c'est ce qui fait tous les jours multiplier & croistre les estatz & les boubans par ce que chascun tend tousjours a surmonter l'autre / dont maintes gens sont grevés & apovris en france & autre part. La cinquiesme que on donne par desordonné & oultrageux habit occasion a aultruy de pechier ou en murmuration ou en couvoitise desordonnee / qui est chose qui trop desplaist a dieu. Et pource chieres aymees veu que ce ne vous peut riens valoir & beaucoup nuire ne vous vueillés en telles faulcetés trop delicter / non pourtant c'est bien droit que chascune porte tel habit & estat que appartient a son mary & a elle / mais s'elle est bourgoise qu'elle se porte telle comme une damoiselle et la damoiselle comme une dame / et ainsi de degré en degré monstant sans faire c'est chose hors ordre de bonne police en laquelle s'elle est bien ordonné en quelque pays que ce soit toutes choses doivent estre limitees. Or vient a parler du quatriesme point qui est comme vous vous garderés de blasme & de cheoir en diffame. Auquel point se peult encores touchier le faict de voz habillemens tant en l'oultraige du trop grant coust comme en la maniere des façons en ceste maniere il est assavoir que posons que une femme soit de tresbonne voulenté & sans mauvais fait ne pensee de son corps si ne le croyra pas le monde puis que desordonnee en habit on la verra & seront fais sur elle mains mauvais jugemens quelque bonne qu'elle soit Si appartient doncques a toute femme qui veult garder la bonne renommee qu'elle soit honneste & sans desguisure en son habit & habillement non trop estraincte ne trop grans colletz ne autres façons malhonnestes ne grant trouveresse de choses nouvelles par especial constances & non honnestes Et avec ce la maniere & contenance y fait moult. Car si que ja est touchié cy devant il n'est riens plus desseant a femmes que laide maniere & mal rassise / aussi ne chose plus plaisant que belle contenance & coy maintien quoy qu'elle soit jeune doibt estre en ses jeux & ris attrempee & sans desordonnance a les sçavoir prendre par appoint si qu'ilz soyent bien seans & le parler sans mignotise mais soit propre & doulx ordonné & attrait en regard simple tardif & non vague & joyeuse par apoint. Mais ensuyvant la matiere de dessus est assavoir que avec le mauvais langaige & blasme qui peult sourdre a femme par habit desordonné & par maniere mal honneste y a ung autre plus perilleux inconvenient c'est l'amusement des folz hommes qui pevent penser qu'elle le face pour estre couvoitee & desiree par folle amour. Et elle par adventure n'y pensera / ains le fera seullement pour la plaisance de soymesmes & par sa propre condition qui luy enclinera. Si y a des hommes de mains estatz qui tacheront par grant diligence a les attraire en les poursuyvant par divers semblans & moult s'en peneront. Mais que doit faire la saige femme qui cheoir ne veult en blasme & qui bien est advisee que de tel amour ne peut venir que tout mal prejudice & deshonneur parquoy nulle voulente n'a d'entendre a telz musars & ne veult mye faire comme aucunes musardes a qui trop bien plaist que on les poursuyve par grans semblans & leur semble belle chose de dire si suis aymee de plusieurs c'est signe que je suis belle & qu'il y a en moy assez de bien. Je n'aymeray nul pourtant / mais a tous feray bonne chere / & autant y aura l'ung que l'autre et tous les tiendray en parolles. ceste voye n'est mye de garder l'honneur ains est impossible que longuement soit maintenue par femme qui qu'elle soit que n'en chee en blasme. Et pource la sage dessusdicte si tost qu'elle aperçoit par aucun signe ou semblance que quelque homme a devers elle pensee elle luy doit donner toutes occasions de s'en retraire en manieres parolles et semblans & tant faire qu'il apperçoive qu'elle n'y a courage ne n'y veult avoir. Et s'il advient qu'il luy die elle luy doit respondre & dire sur ceste forme et maniere. Sire se vous avés a moy pensee vueillés vous en retraire / car je vous prometz & jure ma foy que en tel amour n'ay mon intencion ne n'auray jour de ma vie de ce puys je bien jurer / car de ce suis je bien affermee en tel voulenté qu'il n'est homme ne chose nulle qui oster m'en peust & toute ma vie demoureray en ce point de ce soyés vous certain si perdriez vostre peine tant plus vous y museriés / & vous prie tant comme je puis que ne me faciés plus telz semblans ne disiés ces parolles que en bonne foy je y prendroye grant desplaisir & me garderoye a mon povoir d'aller ou vous seriés. Si le vous dy une fois pour toutes et croyés fermement que jamais en autre propos ne me trouverez & a dieu vous dy. Ainsi en brief & sans longuement escouter doit respondre la bonne & saige jeune femme qui ayme son honneur a tout homme qu'il la prie & avec ce que aussi soyent les semblans pareilz aux parolles. C'est assavoir que de regard ne de maintien ne face aucun semblant parquoy y puisse nullement penser que jamais y puist advenir. Et s'il y envoye dons quelz qu'ils soyent que elle garde bien que nulz n'en prengne Car qui don prent se vent Et s'il advient que aucune personne luy en face quelque messaige que elle die expressement & a rechinié visaige que jamais plus ne luy en parle. Et se chamberiere ou varlet qu'elle ait s'en hardist a luy dire qu'elle ne le tiengne point en son hostel. Car tel maisgnie n'est pas seure si treuve voye par bonne maniere de le mettre hors pour quelque aultre achoison sans noise & sans tençon / mais garde bien comment qu'il soit que a son mary ne le dye. Car quelque bonne voulenté qu'elle ait le pourroit mettre en tel frenaisie que ne l'en osteroit pas quant elle vouldroit & est trop grant peril et aussi n'en est nul besoing s'en garde sagement et s'en taise Car n'en sera ja homme si en grant que s'elle veult au long aller par tenir saiges manieres qu'il ne s'en retraye ne aussi dire ne le doit a voisin ne a voisine ne autre / car parolles sont raportees par quoy il advient aucunesfois que hommes contreuvent mauvaisties sur les femmes par despit de ce qu'ilz sont refusés & que ilz scevent qu'elles en parlent ou ont parlé. Si ne griefve riens taire la chose dequoy on ne peut de riens mieulx valoir la dire. Et n'est point belle vantance a femme. Avec ce femmes qui se veulent garder de blasme se doibvent garder d'aler en compaignies qui ne soyent bonnes & honnestes ne en assemblees faictes en jardins ou en autres lieux par prelatz ou par seigneurs ou autres faictes soubz quelque umbre ou couverture de festoier gens & que ce soit pour autre machination de quelque broullerie ou par elles ou par autres. Et posons que une femme saiche bien que pour elle ne soit faicte telle assemblee / si se doit elle bien garder qu'elle ne face umbre a autre. Car cause seroit du mal & du peché si n'y doit aller se elle le scet ou aucun souppeçon y a / & ains qu'elle voise nulle part si elle est saige doit bien adviser ou avecques comment et que doit estre ou elle va ne de trouver ses pelerinages hors la ville a faire pour aller quelque part jouer / ou mener la galle en quelque compaignie joyeuse n'est fors peché & mal a qui le fait. Car c'est faire de dieu umbre & chape a pluye ne sont point bons ne aussi tant aller trotant par ville a jeunes femmes au lundy a saincte avoye / au jeudy je ne sçay ou. au vendredy a saincte katherine & ainsi es autres jours si aucunes le font n'en est ja grant besoing non pas que nous vueillons empescher le bien a faire. Mais sans faille veu le peril de jeunesse la legiereté et la grant couvoitise que hommes ont communement a attraire femmes et les parolles qui tost en sont levees & a pou d'achoison est le plus seur mesmes pour le prouffit des ames & l'honneur du corps estre coustumieres de tant troter ça & la. Car dieu est par tout qui exaulce les oraisons des devotz deprians ou qu'ilz soyent & qui veult que toutes choses soyent faictes par discretion & non mye du tout a voulenté. Aussi de baigneries d'estuves et de commerages trop hanter a femmes & telz compaignies sans necessité ou bonne cause ne sont que despens superflus sans quelque bien que en peust venir. Et pource de toutes telles choses & d'autres semblables: femme si elle est saige qui aime honneur et eschever veult blasme se doit garder.