Les Feuilles

dit Zo d'Axa Alphonse Gallaud de la Pérouse · Chapitre 14 sur 63

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Les Feuilles

ARGUMENTS FRAPPANTS Du chourineur à l’étudiant

ARGUMENTS FRAPPANTS

 

 

Du chourineur à l’étudiant

 

Conseils de Paix

 

On a médit des conseils de guerre.

Trois soldats d’un régiment d’infanterie de marine, à la veille de servir au Tonkin – probablement pour s’entraîner – avaient massacré, de nuit, un civil, dans les rues de Cher-bourg.

Il s’agissait simplement de six ou sept coups de sabres-baïonnettes et de couteaux à travers une poitrine – dans une blouse.

Un ouvrier assassiné.

Le conseil de guerre se réunit.

Que n’a-t-on pas raconté à propos de l’implacabilité de ces tribunaux qui prononcent la peine capitale pour la brus-querie d’un geste ? Nazarder un caporal, c’est la mort.

Outrage envers un supérieur : mort.

Tentative de voies de fait : mort.

Mort, mort, mort, c’est le tarif, à propos de tout et de rien. Aux pages du code militaire, le mot grouille sinistre-ment : mort, mort…

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… Les chourineurs d’infanterie de marine, les petits marsouins vont donc mourir. Ils ont, à trois, pas joliment, saigné un gueux qui passait. On les fusillera demain.

Nous sommes contre la répression. L’idée de châtiment nous répugne. Mais le verdict frappant quelques surineurs révoltera moins nos consciences que l’exécution sommaire pour une insulte au caporal.

Laissons passer la Justice du Sabre !

Or, le Sabre fut, hier, clément. Les trois soldats qui avaient tué ne seront pas tués. Le conseil de guerre, indul-gent et compréhensif, abolit la peine capitale : trois militaires pour avoir tué un homme ne subiront qu’une peine légère. Le conseil de guerre se fait paternel, il donne des avertisse-ments :

– Que cela vous serve de leçon, jeunes gens. Vous avez assassiné un ouvrier, c’est un tort – puisque vous n’en aviez pas reçu l’ordre. Prenez garde ! On commence par tuer un civil, on finit par outrager un supérieur… Et c’est douze balles dans la peau.

– Jamais, répondirent les assassins, nous ne manquerons de respect au sergent.

– Je vous y engage… Et rompez ! fit d’une voix un peu bourrue le colonel du conseil de guerre.

L’armée est une grande famille dont les civils ne font pas partie.

 

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