Les Feuilles

dit Zo d'Axa Alphonse Gallaud de la Pérouse · Chapitre 48 sur 63

Pages du PDF

Les Feuilles

La propagande par le faux

 

 

Nos maîtres se défendent mal.

Tandis qu’en compagnie du commandant Lagarenne notre Président tirait le lapin, M. Cavaignac soulevait un lièvre.

Le lièvre avait commencé. C’est Cavaignac qui le pré-tend ; comme s’il était admissible qu’un discipliné soldat, tel le colonel Henry, eût agi autrement que par ordre.

On arrêta donc le colonel – le seul faussaire de la Grande Muette – et pour que lui-même restât muet, on l’entraîna au suicide. Le colonel obéit encore.

Cavaignac, maladroit ami, ours des jardins de l’Armée, eut alors de désastreuses paroles ; il fit dire par ses officieux que le colonel Henry était un esprit étroit, un lourdaud, un imbécile. Le Cavaignac fut ignoble : encore tout éclaboussé du sang de son subordonné, pensant par là faire parade d’indépendance et de bonne foi, il insultait son cadavre.

Une réaction ne se fit pas attendre et déjà on parle d’élever une statue au colonel tôt débarqué par le ministre ambitieux.

On lui doit cette réparation.

Le brave colonel Henry n’était pas plus criminel que ses collègues de l’État-Major. Il faisait partie d’un ensemble. En touchant à lui, Cavaignac discrédita la caste entière. Il pro-paganda par le fait, à sa manière, sans le savoir.

 

– 169 –

En revanche, comme homme d’État, le ministre était disqualifié.

On l’appellera Cavaigaffe !

 

– 170 –