Les Feuilles
Civils et Incivils
Dans un pays où tout le monde – de force ou de bon gré – subit les trois ans de service, on s’étonnerait, à la longue, de voir la population se diviser en civils et en militaires. Puisque nous sommes tous soldats, aux heures de guerre – et même d’émeute, puisqu’en cette démocratie, quand un dan-ger est à courir, tous les civils sont militaires, on voudrait bien que les militaires soient, en temps de paix, un peu civils.
Ils ne le veulent pas.
La gloire stricte des militaires est de n’être que des mili-taires.
Ces malheureux ne comprennent point que ça ne signifie plus rien.
Si l’honneur de l’armée le permet, on leur répétera donc qu’en cette nation armée le mot « militaire » est accidentel-lement applicable à trop de civils pour dénommer justement les professionnels qui, dans l’activité moderne, sont unique-ment des porte-sabre.
Ces incomplets ne sont pas plus guerriers que les bonne-tiers qui, l’instant venu, iront mourir aux frontières.
Ces entretenus de la paix, dans les villes de garnison, préparent mieux le pernod que la revanche.
Ces réformés de la vie civique ont cependant un trait marquant : le mépris du civil ; un mépris tel que tuer un pé-kin leur semble, nous venons de le voir, infiniment moins dé-lictueux que ne pas saluer un adjudant ; un si souverain dé-
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– Eh ! là, disent-ils au réserviste, qu’est-ce que vous fi-chez de votre métier ?
– Pardon, mon lieutenant…
– Je m’en fous !
C’est franc. C’est martial. Rataplan-planplan. D’un côté, il y a les Civils.
De l’autre, les Incivils.
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