Les Feuilles
Le Gendre et la Veuve
Le gendre
J’ai rêvé que M. Félix Faure, en son palais de l’Élysée, appuyait sur le bouton d’une sonnette électrique, et que sur la place de la Roquette, au même instant, le Couteau tom-bait !
Mais voici la réalité :
Un monsieur, le Président – que l’on proclame irrespon-sable – a le droit, après son dîner, de donner un coup de té-léphone pour qu’au petit jour, le lendemain, s’érige la guillo-tine.
Le droit de grâce est le droit de tuer, puisque c’est le droit de laisser vivre. Ce privilège des chefs d’État leur met dans la main la hache. Les nuances de la discussion n’empêcheront pas ce fait précis : la vie de Georges Étiévant dépend d’un geste de Félix Faure.
Le jury a fonctionné. Étiévant coupable d’avoir frappé deux sergents de ville, dont la belle santé fut très remarquée à l’audience, n’en a pas moins été condamné à mort. Mais qu’importe ce premier verdict, puisqu’à nouveau la question se pose, puisque M. Faure, tout à l’heure, en dernier ressort, statuera seul.
Et l’on regarde vers l’Élysée…
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Bien qu’ayant une histoire, notre président est un homme heureux ; cette histoire qui, en somme, n’est qu’une histoire de famille, il la porte gaillardement. Si le beau-père fut condamné à tresser des chaussons de lisière, le Gendre embrassa le Tsar… Dans ces sautes de la fortune, il y a ma-tière à réflexion, et le Gendre y devrait puiser indulgence et philosophie.
Il devrait se dire qu’Étiévant qui, lui, ne vola personne, mérite d’autant moins la mort que ses victimes intéressantes sont d’ores et déjà en état de reprendre le cours interrompu des solides passages à tabac.
Le gendre de l’avoué, l’Égal des rois, sera-t-il bon prince ? Comprendra-t-il ? Et dans le triage sanglant des têtes qu’il offre à la Veuve, cueillera-t-il celle du Révolté ?
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