Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 10 sur 39

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Les vies encloses

Chapitre XIX

Instant bénin qui semble, après la canicule Et des marches dans un chemin qui se recule,

L'accueil d'une prairie où longtemps il a plu.

 

XIX.

 

Émoi de peu à peu recommencer à vivre! De rentrer dans la vie où déjà l'on se sent

Presque étranger, comme à son retour un absent; Incertitude! Pas désappris! On est ivre!

 

Ah! ce soleil trop clair et cette lumière neuve![6]

Tout tourne: soleil, fleurs et les arbres un peu, Oscillant dans le vent — tels les mâts sur un fleuve —

Et l'on regarde entre leurs feuilles le ciel bleu.

 

On est l'oiseau qui s'aventure après la pluie; On est le verger blanc dans le réveil d'avril;

Pourtant on craint la grêle, un retour du péril: La maladie est-elle loin et bien enfuie?

 

Comme on en tremble encore! Et quels pas calculés

Par crainte d'être faible et de quelque rechute! Pouvoir marcher jusqu'à ces arbres reculés!

Espoir et peur, ombre et soleil sur la minute…

 

Heure trouble! Émoi d'un logis longtemps fermé Où chavire dans le miroir l'aube venue;

On se sent seul, épars et désaccoutumé

De la vie, au lointain, qui toujours continue.