Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 32 sur 39

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Les vies encloses

Chapitre XI

L'astre, comme une plaie, au bas du ciel, suppure…

Qu'est-ce qui va venir et qu'est-ce qu'on va voir? Le ciel de plus en plus est tragique; il bouscule

Les nuages, comme un fiévreux ses oreillers; Couchants de l'équinoxe et de la canicule!

Ici, des lacs de fiel; là, des rayons caillés

Comme du sang; plus loin, des fleurs empoisonnées,

Un moutonnement, blanc vert, de brebis mort-nées; Ah! les tragiques soirs! Ciel pestilentiel

Qui, plein d'angoisse, a l'air d'un Jardin des Olives, Ou, plein de fièvre, a l'air de vendanges lascives;

Ciel d'amour, ciel de mort, ô trop vénéneux ciel, Vénéneux comme le maquillage des pitres…

Trouble de ces soirs lourds emplis d'exhalaisons Où l'on se signe, au fond des peureuses maisons,

Devant un éclair brusque et qui soufre les vitres!

 

XI.

 

Le soleil dans la brume est en convalescence. Va-t-il guérir de la brume tout éphémère?

Va-t-il mourir de la brume qui s'agglomère? Il a l'air de quelqu'un qu'on revoit dans l'absence;

Il lutte, son visage est exsangue et se fane; La brume s'interpose; elle est si diaphane

Que c'est comme un encens anémié qui fume, Que c'est comme une vitre, un écran de fumée

Derrière lesquels l'Astre attend sa destinée. Obstacle frêle, dirait-on, que cette brume;