Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 33 sur 39

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Les vies encloses

Chapitre XII

Mais pas assez pour que le soleil s'en délivre,

Soit le malade, ôté des vitres, qui va vivre…

 

XII.

 

C'est fini, la légende enfantine des astres, De les croire vivants, de les songer des lis;

La nuit souffre de ses millénaires désastres. C'est fini de rêver le ciel, comme jadis,

Un champ bleu qu'une main partiale ensemence; La science le prouve une agonie immense:

Soleils mourants dont le décès est calculé; Déserts nus, sans écho; cendre de nébuleuses;

Étoiles qui sont des orphelines frileuses;

Globes dont le soupir est inarticulé

Achevant de périr comme en des léthargies. Ciel qui s'éteint! Vaste hôpital de l'Infini,

Où la lune, antique diseuse d'élégies,

Semble malade, tant son visage est blêmi;

Tels soirs surtout, elle est plus pâle et délayée: On dirait une hostie, au fil du ciel, noyée;

On dirait un cadran de tour miré dans l'eau; Lune en exil et que nulle étoile n'escorte;

À l'horizon désert, elle a l'air d'être morte, Lune exsangue sur l'oreiller de son halo!

 

XIII.

 

Le soir tombe, le vent tiédit, édulcoré

Par la calme fraîcheur des pièces d'eau voisines; On sent dans l'air du lilas neuf et des glycines;