Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 36 sur 39

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Les vies encloses

Chapitre II

Puis des fièvres roulant leurs vagues de phosphore,

Comme si tout le clair de lune était en nous. Quels sont ces péchés noirs que moi-même j'ignore

Et qui hantent mon âme avec de grands remous?

 

Sombre trésor intérieur de mes pensées; Royaume souterrain auquel enfin j'accède;

Et cette mer du fond de l'âme, immense et tiède, Où sont des cris et des tendresses renoncées.

 

Ah! ce que l'âme sait d'elle-même est si peu

Devant l'immensité de sa vie inconnue,

Sans même le soupçon d'être un abîme bleu

Au fond duquel sa Destinée est seule et nue!

 

II.

 

Toute une vie en nous, non visible, circule Et s'enchevêtre en longs remous intermittents;

Notre âme en est variable comme le temps; Tantôt il y fait jour et tantôt crépuscule,

Selon de brefs et de furtifs dérangements Tels que ceux du feuillage et des étangs dormants.

Pourquoi ces accès d'ombre et ces accès d'aurore Dans ces zones de soi que soi-même on ignore?

Qu'est-ce qui s'accomplit, qu'est-ce qui se détruit? Mais, qu'il fasse aube ou soir dans notre âme immobile,

La même vie occulte en elle se poursuit,

Comme la mer menant son oeuvre sous une île!