Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 19 sur 39

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Les vies encloses

Chapitre XV

Mais dont le calme heureux contribue à polir Les reflets d'alentour qui s'y viennent pâlir.

S'ils sont ainsi, c'est à cause de l'eau voisine Qui les fait à sa ressemblance, y propageant

Son aspect de miroir et de fluide argent.

Donc, comme un port, cette eau des yeux emmagasine

Les horizons et le paysage adjacent

Dont le mirage en sa transparence descend:

Le ciel y réfléchit ses teintes sans durée;

On y perçoit aussi, comme sur un vélin,

L'enluminure en or d'un vieux quai, d'un moulin, Et toute l'ambiance y vit, miniaturée.

 

XV.

 

On reconnaît de suite à certains vagues signes

Quels yeux ont déjà vu mourir, à certains plis Comme en laisse dans l'eau quelque fuite de cygnes.

C'est fini, l'eau quiète et tous les bons oublis! Chez les mères surtout, aux deuils indélébiles,

Dont sont morts autrefois les enfants trop débiles. C'est dans leurs yeux qu'elles les ont ensevelis;

C'est dans leurs yeux que pour toujours elles les gardent Comme dans des berceaux lentement abolis,

Alcôves de miroirs où leurs départs s'attardent… Ah! qu'on ne parle pas trop haut près de leurs yeux

Où les doux enfants morts sommeillent parmi l'anse Que leur font ces yeux froids ombrés de cils soyeux;

Abîmes de tristesse! Yeux en qui se balance Le repos des petits enfants qui ne sont plus.