Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 31 sur 39

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Les vies encloses

Chapitre IX

Ainsi les plans divins sont bien harmoniés!

Que ferait le désert sans le frais des palmiers? Et que ferait l'azur s'il n'était versatile

Avec, sans cesse, un nuage qui le ventile?

 

IX.

 

La lune m'a hanté d'un paysage blanc,

Pays immaculé dont la candeur enjôle,

Terre anormale et qui scintille en assemblant Un climat d'île chaude et la blancheur du pôle.

Unanime blancheur: des rivières de lait,

Tout opaques, que ne maquille aucun reflet;

Rien que des lis, sans papillon qui les obsède; Des collines d'une neige qui serait tiède;

Des roseaux écorchés dont la moelle est à nu Pour avoir l'air dans l'air d'une moisson de cierges.

Ô lune! pays blanc d'où je suis revenu,

Fou d'avoir traversé votre dortoir de vierges!

 

X.

 

Torpeur de certains soirs à la fin de l'été!

Le ciel brûle, il est en fièvre, rouge et livide!

Il est mélancolique et plein d'anxiété

Comme, après la musique, un jardin qui se vide.

L'aspect en change à tout instant — telle la mer; Mais le ciel est solide; on dirait une chair

Que tourmente à cette heure une pensée impure, Délire de malade et cauchemar du soir.