Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 8 sur 39

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Les vies encloses

Les Malades aux Fenêtres I.

Les mains, couleur de la lune, des mariées;

Les mains, couleur de grand soleil, des moissonneurs;

 

Toutes: celles semant du grain ou des idées; Accouchant le bloc de marbre, de la statue,

Ou la mère, de l'enfant qui la perpétue;

Toutes les mains, jeunes, vieilles, lisses, ridées,

 

Toutes ont pour tourment caché ces lignes fines,

Ces méandres de plis, cet enchevêtrement; Or on dirait des cicatrices de racines,

Nos racines que nous portons, secrètement.

 

C'est là, nous le sentons, que gît l'essentiel; Ces lignes sont vraiment les racines de l'être;

Et c'est par là, quand nous commençâmes de naître, Que nous avons été déracinés du ciel.

 

La main en a gardé la preuve indélébile;

Et c'est pourquoi, malgré bonheurs, bijoux, baisers, Elle souffre de tous ces fils entrecroisés

Qui font pleurer en elle une plaie immobile.

 

LES MALADES AUX FENÊTRES

 

I.

 

La maladie est un clair-obscur solennel,

L'instant mi-jour, mi-lune, angoissant crépuscule! Dans l'ombre qui s'amasse, un reste de jour brûle;

Reverra-t-on la vie au delà du tunnel?